1 + 1 = 3 … ou le casse-tête des jeunes parents

Etre deux, être amoureux, être disponible l’un à l’autre et puis soudain, être trois, avoir un bébé, devenir parents, devenir une famille. L’équation a changé. Il faut intégrer des variables, résoudre des inconnues. Un défi passionnant mais souvent délicat pour le couple.

Ils l’ont rêvé, attendu, désiré… Bébé est enfin là, tout en tendresse. Si petit et vulnérable, si dépendant, ses besoins sont immenses. Dans son regard pastel, le reflet de ceux qu’il a fait parents, à la fois émerveillés et sous le choc d’avoir donné la vie. Ils se contemplent comme père et mère, alors qu’hier ils étaient deux amants. Chaque jour leur apporte de nouvelles expériences et peu de répit. Pour répondre aux besoins quotidiens de leur nourrisson, ils se mobilisent et s’appliquent. Parfois ils se relaient aux soins et aux biberons, pour permettre à l’autre de récupérer. La solidarité prend le pas sur la séduction. La résolution des contraintes, sur la spontanéité. La complicité comme le désir de l’un pour l’autre ont parfois du mal à retrouver leur chemin et le bon moment pour s’exprimer. Les pleurs du petit d’homme ou la fatigue font obstacle aux moments à deux. La relation du couple est en train de changer.

Aussi désirée soit-elle, une naissance –qui plus est, la première – implique une période de crise pour les couples, au sens d’une phase de transformation de la relation, jalonnée d’émotions. L’équilibre du couple change d’état. Or le passage d’un état à un autre peut s’avérer plus ou moins inconfortable et conflictuel. Après le baby-blues, le baby-clash… ! Osons le dire, tout n’est pas rose quand l’enfant paraît : il s’agit d’une période risquée pour la relation, aboutissant à une séparation dans un couple sur cinq, d’après le psychiatre Bernard Geberowicz. Selon lui, même si, dans la plupart des cas, l’arrivée du premier enfant permet de « vérifier la solidarité, les connivences, les valeurs et affinités d’un couple », elle peut aussi révéler « des différences trop profondes à combler ».

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Pour aller plus loin : Le couple face à l’arrivée de l’enfant : Surmonter le baby-clash, Bernard Geberowicz, Colette Barroux-Chabanol, Éd. Albin Michel, 2014, 263 p., 17 €.

S’il ne perçoit pas ce changement dans sa dynamique relationnelle, le couple se laisse entraîner hors de ses repères sans comprendre ce qui lui arrive. « Depuis l’arrivée de Téo, je n’ai plus une minute à moi et j’ai l’impression que, pendant ce temps, son papa en fait de moins en moins », s’inquiète une jeune maman. « Tu n’as plus d’yeux que pour lui ! » se défend son conjoint. Les tentatives d’échanger se transforment en disputes, les malentendus s’installent, les partenaires se sentent délaissés, incompris, dévastés ; l’épuisement vient recouvrir les frustrations de toutes sortes. Chacun vit des changements au cœur de lui-même qui, associés aux nouvelles interactions dans sa vie, vont également faire bouger sa façon d’être en relation avec le monde extérieur. C’est une révolution.

« Rien ne sera plus comme avant, et tant mieux ! »

A titre personnel tout d’abord : devenir père ou mère s’accompagne de mouvements profonds dans l’être qui interrogent les nouvelles responsabilités par exemple mais aussi bouleversent l’affectivité, les émotions, les liens d’attachement… Outre des élans joyeux ou attendris, l’arrivée d’un bébé peut générer des peurs, des inquiétudes, réveiller des colères ou des chagrins enfouis. « Au début, dit Emmanuelle, c’était dur de sentir mon fils complètement dépendant de moi. Ça m’angoissait. Puis quand j’ai repris mon travail, bizarrement, j’ai eu beaucoup de mal à me séparer de lui. Je pleurais tous les matins après l’avoir déposé à la crèche. Ça  a duré des semaines  ». Chaque individu chemine à son rythme et selon son histoire à travers ces bouleversements intimes. Pour la maman, les neuf mois de la grossesse, l’accouchement ou encore l’allaitement sont vécus dans le corps et il lui faut un peu de temps pour intégrer ces événements, se retrouver, s’accepter, se sentir à nouveau femme. Quant au papa, que ressent-il face à ces métamorphoses spectaculaires et aux attentes dont il est l’objet ? Et qu’est-ce que l’apparition de son enfant lui fait vivre ? Ou quand sa compagne est accaparée par le bébé et semble le négliger ? Le dialogue n’a pas forcément lieu dans le couple, sur toutes ces perceptions nouvelles de soi. Nul doute, pourtant, qu’elles impactent la relation conjugale.

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Parallèlement, le couple fait face à des mouvements importants dans sa relation. Il doit construire une nouvelle organisation commune des places, des tâches ou des rôles, qui le force à se déplacer et se repositionner. Son intimité est bouleversée ainsi que sa libido. Ses nuits sont morcelées. La fatigue ou les contraintes balaient tous les petits moments à deux. Le bébé passe avant tout. Le couple parental se forme, le couple conjugal s’oublie un peu. Ça non plus n’est pas forcément mis en mots. Enfin, les relations se modifient avec la famille, les amis (et plus généralement le monde extérieur), à qui le couple a moins de temps à consacrer ou qui cherchent leur place eux-mêmes dans la nouvelle composition couple-bébé avec plus ou moins d’adresse et de bienveillance.

L’idéal selon Bernard Geberowicz : « Que chacun soit prêt à considérer que rien ne sera plus comme avant, et tant mieux ! ». Les parents font l’expérience de l’élasticité de la relation. Celle-ci n’est pas figée, ni rigide ; elle peut s’adapter aux nouveaux besoins, aux nouvelles données, et s’enrichir du fait même de se transformer. Mais quand le bouleversement est trop déstabilisant, quand la révolution charrie trop de déceptions, de malentendus ou d’incompréhensions, quand les soubresauts de leur relation mettent les partenaires en insécurité, il arrive que l’un ou l’autre se replie, s’isole, voire montre des signes de dépression. L’entourage amical ou familial peut être sollicité pour trouver des appuis ou bien un tiers qui saura écouter cette souffrance et les affres de la nouvelle configuration familiale.

Des moments privilégiés

Les tensions, les incompréhensions s’apaiseront le plus souvent dans le dialogue du couple, dans le soutien et la solidarité que celui-ci pourra se manifester mutuellement, dans le partage des émotions et des vécus de chacun, mais aussi dans la construction volontaire et déterminée de temps à deux, sans enfant : des temps de détente et de plaisir, des temps de retrouvailles, de tendresse ou de sensualité, des temps pour s’aimer… Ou encore, entre amis, car les relations extérieures sont aussi sources de partage, de distraction et de décontraction. Accepter les mutations relationnelles, les bouleversements personnels, la nouvelle dimension du couple, ne signifie pas renoncer à son couple d’origine, ce couple d’amants qui est la source du projet. Afin de ne pas se perdre de vue, de rester en lien malgré tous les bouleversements qui pourraient le placer dans un mouvement centrifuge, le couple peut choisir de créer des moments privilégiés. Emilie et Pierre ont instauré par exemple de déjeuner ensemble tous les jeudis et ils tiennent la place, parfois de haute lutte, en résistant aux pressions professionnelles et aux contraintes diverses. Leur résolution est de privilégier « le plaisir d’être ensemble » et le fait de « parler d’eux ». Emma et Phil se consacrent quant à eux un moment d’échange tous les soirs quand leurs jumeaux dorment pour « prendre le temps de se retrouver et de se séduire » malgré leur épuisement. Soirées cinéma ou canapé, nichés dans les bras l’un de l’autre, weekends sans enfants, diner au restaurant ou sur un coin de table de cuisine, peu importe ! Ce qui compte c’est que le couple fasse des choix qui lui permettent de vivre sa conjugalité et se préoccupe de lui-même : toute façon de nourrir le précieux lien sans lequel, après tout, bébé n’aurait pas pu montrer le bout de son nez…

Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°9 – Septembre 2018

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Epuisées ? Un été pour récupérer

Envisager, organiser, prévoir et surtout ne pas oublier de… Bon nombre de femmes témoignent de leur épuisement à penser à tout, tout le temps. Un épuisement qui peut conduire à une forme de burn-out que les chercheurs ont nommé : la (sur)charge mentale. Mais pourquoi cette charge pèserait-elle plus lourd sur les femmes ? N’avons-nous donc pas évolué ?

 Le frigo est couvert de post-it ; partout on tombe sur des listes, raturées, gribouillées ; la facture du garagiste a atterri dans le cartable de Camille ; le panier de linge déborde ; impossible de remettre la main sur le carnet de santé… ? Mais qui va y voir les signes extérieurs d’un bouillonnement intérieur qui mousse dans toutes les directions ? Personne ne semble craindre l’éruption imminente.

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Les femmes sont le plus souvent pleines de courage, de talents et d’énergie mais parfois elles s’épuisent. Et quand elles commencent à s’en plaindre, on leur conseille généralement d’en « faire un peu moins » (car peut-être en font-elles « un peu trop »… ?) ou alors de demander de l’aide (« ma chérie, c’est important de savoir demander ») ou encore on leur recommande de « lâcher prise » (c’est vrai que « c’est agaçant, à la fin, ces personnes qui veulent absolument tout contrôler ! » …). En général elles se défendent comme elles peuvent mais n’en mènent pas large à l’intérieur car elles-mêmes doutent : ne seraient-elles pas en train de se « noyer dans un verre d’eau » ? Alors, pour passer les insomnies, elles font et refont les comptes de leurs journées sans fin : comment gagner du temps ? Comment s’organiser mieux ? Et comment faire rentrer la réunion parents-profs, le gala de danse, le vaccin, la cueillette de légumes et le séminaire « anti-stress » dans cet emploi du temps de ministre ? Il faut bien que tout se fasse… Telles des divinités indiennes, elles démultiplient leurs bras pour accomplir leurs tâches multiples et variées. Jusqu’à ce qu’elles n’en puissent plus, parfois, d’essayer d’être à tout prix parfaites et qu’elles viennent en consultation, le cerveau submergé, le cœur à l’envers, le moral à zéro, le corps fatigué et trainant en vrac une piètre image d’elles-mêmes.

Alerte ! Surcharge mentale !

Or, si l’on tend l’oreille, ce n’est pas tant de « tout faire » qu’elles se plaignent que d’avoir à « penser à tout ». Qu’elles aient ou non une vie professionnelle, elles évoquent leur part de travail invisible : le fait qu’elles portent la responsabilité du foyer. Comme des capitaines de navire (sans les galons) ou des chefs de projet (sans la rémunération), elles se sentent chargées de la bonne marche de la maisonnée, voire de l’entreprise familiale s’il y a des enfants. Ce qui implique non seulement des tâches variées dans des registres innombrables : domestique, administratif, financier, logistique, stocks et approvisionnement, gestion de crise, relations publiques, événementiel, tourisme et loisirs, éducation et soins… mais aussi le fait qu’il faut anticiper, organiser ou planifier pour produire si possible en flux tendu, sans oublier ni rien ni personne et surtout pas les anniversaires ! La tension, la vigilance, l’énergie que mobilise ce travail sont tout aussi invisibles et difficiles à reconnaître. Le risque, c’est le surmenage : que les contraintes s’embouteillent, se bousculent et s’agglomèrent puis prennent toute la place ; que le stress envahisse l’esprit ; que l’esprit étouffe ou s’embrase.

Une chercheuse de l’Université Laval de Québec a mis des mots sur ce phénomène de burn-out au foyer : pour Nicole Brais, la « charge mentale » se définit comme un « travail de gestion, d’organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence ». La surcharge mentale n’est pas à prendre à la légère – ne sous-estimez pas une femme qui se dit fatiguée ! Tendez plutôt l’oreille ! Elle génère en premier lieu un surcroît de stress et un trop-plein émotionnel. Et elle peut conduire à une détresse psychologique, à des signes d’anxiété et de dépression, une fatigue mentale, de la lassitude ou du découragement, comme à des désordres physiques : épuisement, manifestations de la peau, migraines, maux de ventre… La période de la maternité et du post-partum peut rendre les femmes plus vulnérables à la surcharge ; également celle de la ménopause où l’anxiété liée à la charge mentale peut avoir des effets sur l’augmentation des symptômes déjà pénibles de cet âge que sont les bouffées de chaleur, les suées nocturnes, les troubles du sommeil…

Ce qui reste de l’inégalité hommes-femmes

Aujourd’hui, les partenaires du couple négocient la répartition des tâches et l’on jurerait que le partage est plus équitable entre les femmes et les hommes. Et puis – allons-donc ! – cela fait bien longtemps que les papas ne renâclent plus devant un bébé à changer… Sauf que d’après les sondages réguliers de l’INSEE, les femmes continuent d’assumer la majorité des tâches ménagères, qu’elles travaillent ou non hors de la maison : près des deux-tiers (71%), et la majorité aussi des tâches parentales (65%). Une inégalité qui a très peu diminué depuis une trentaine d’années (En 1985, ces taux s’élevaient respectivement à 80% et 69%) et qui peut déséquilibrer un couple.

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extrait de la BD d’Emma : « Fallait demander« 

Emilie et Julien s’inquiètent de leur relation qui a tant changé, comme si le quotidien avait tout emporté, ne laissant plus de place à ces précieux moments à deux qui ont dégringolé sans qu’ils s’en aperçoivent dans l’échelle des priorités. Emilie se dit harassée ; il lui semble que les événements lui échappent, qu’elle perd pied, qu’elle n’y arrivera pas… et, comme une coupable, elle avoue la perte de son désir : « Le soir, je suis à bout, je n’ai qu’une envie, c’est de dormir. Je n’en peux plus, je ne m’en sors pas. Il y a trop de choses…», tente-t-elle d’expliquer à son mari. Mais Julien se sent agressé : « Qu’est-ce que tu me reproches ? Si tu as besoin d’aide, tu n’as qu’à me le demander ! ». Emilie se sent incomprise. Mais comprend-t-elle seulement, elle-même, ce qui lui arrive ? Est-elle vaincue par une réalité excessive (le nombre des choses à faire) ou alertée par une limite intérieure (c’est trop pour moi) ? Elle et Julien en viendront-ils à reconnaître et valoriser l’implication de chacun dans le fonctionnement de leur foyer et à s’en féliciter ? Ou chercheront-ils à répartir leurs tâches différemment ?

Mais autre chose est à pointer : la perception par chacun de ce qu’il a à faire. Ainsi, Violaine essaye de dire à Thomas dont elle partage la vie depuis 10 ans qu’il a beau prendre largement sa part des tâches ménagères, elle est « lasse de penser à tout ». Mais quand Thomas lui répond qu’il fait « tout ce qu’il peut pour l’aider », elle réalise que tant qu’il se considèrera comme son « aidant », elle restera bien gestionnaire, planificatrice et contrôleuse en chef ! Ce rôle lui convient-elle ? Ou préférera-t-elle renégocier avec Thomas leur pacte de vie à deux en partageant davantage la responsabilité du tout ? Et qu’est-ce que cette réflexion lui révèle de ses exigences et représentations à elle (un intérieur rangé, une alimentation saine, les vertus du « faire soi-même »…) ? Violaine et Thomas sont désormais face à des choix qui ne regardent qu’eux.

On n’efface pas si facilement des décennies de stéréotypes qui nous ont menés de l’image de l’épouse discrète et soumise à la ménagère parfaite puis à la femme performante et sexy en passant (même !) par Wonder-woman. L’idéal de la femme désirante et désirable en même temps que professionnelle accomplie, mère sublime, amie disponible et maîtresse de maison sans chichis et sans reproche, flotte toujours quelque part entre mythe et fantasme, chez l’homme comme chez la femme. Mais, parallèlement, les choses changent. Il est de plus en plus admis que personne n’est parfait. Pas plus que son prince, n’existe la princesse charmante. Chacun est libre de faire ce qu’il peut, en renonçant au reste. Il est donc possible de se proposer à soi, et aussi en couple, de faire de nouvelles expériences, de varier les rôles et de chercher ensemble où l’on se sent le plus vrai et le plus confortable.

Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°8 – Juin 2018

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S’émerveiller : un pari à la mode

 

Le mot évoque pour certains une naïveté béate ou une façon romantique de perdre son temps mais savons-nous que s’émerveiller est bon pour la santé et bon pour le moral !? Or, si les enfants sont les maîtres en la matière, pour nous, adultes, il faut nous mettre en quête de ce talent égaré dans l’empilement des années, si nous voulons en ré-explorer les bienfaits.

Avez-vous entendu parler de l’expérience menée avec la complicité du virtuose Joshua Bell dans le métro de Washington ? Le brillant violoniste, véritable star planétaire, s’est prêté à une expérience inédite à la demande du Washington Post, en janvier 2007, dans le hall d’une station de métro de la capitale américaine : il a accepté de jouer incognito pendant une quarantaine de minutes, à une heure de pointe, six pièces du répertoire classique. Ce, sur un Stradivarius Gibson fabriqué en 1713, d’une valeur de 3,5 millions de dollars. L’enjeu : observer combien de passants allaient prêter attention au faux musicien de rue et repérer son talent. Différents experts furent consultés pour établir des pronostics : Leonard Slatkin, directeur du National Symphony Orchestra, prédit par exemple qu’au moins 75 personnes allaient s’arrêter. Dans le pire des scénarios, Joshua Bell devait récolter au moins 150 Dollars dans son chapeau. Le jour dit, 1087 personnes sont passées devant le maestro. 7 seulement se sont arrêtées. Les dons se sont élevés à 32 Dollars – dont 20, laissés par la seule personne l’ayant reconnu. Les rédacteurs du Washington Post ont conclu : « Dans un environnement ordinaire, à une heure inappropriée, sommes-nous capables de percevoir la beauté, de nous arrêter pour l’apprécier, de reconnaître le talent dans un contexte inattendu ? ». Ils ont ajouté une remarque intéressante : tous les enfants qui sont passés devant Joshua Bell ce matin-là ont systématiquement marqué un arrêt (avant de se faire entraîner plus loin par leur parent pressé). Tous les enfants, sans exception, ont cherché à écouter la musique.

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Les enfants regardent des choses que nous ne voyons pas ; ils entendent et sentent des mélodies et des parfums qui ne captent pas notre attention ; ils s’arrêtent pour contempler ; ils aiment les expériences sensorielles et se laissent volontiers aller au délice de goûter un goût nouveau. Ils traversent le monde toutes antennes dehors à la recherche de sensations joyeuses. Les enfants ont une formidable capacité à s’émerveiller : leur regard extasié, leur rire facile, le temps qu’ils passent à faire mousser le savon du bain ou à observer des ronds dans l’eau témoignent de cette extraordinaire capacité. C’est un don de l’enfance que l’émerveillement !

Soigner son âme

Quant à nous, les grands, qu’est-ce qui nous fait nous arrêter ? Un paysage, une mélodie, un mets savoureux, le visage de quelqu’un qu’on aime, une bonne soirée entre amis, le silence d’un dimanche à la campagne, une bonne nouvelle, une découverte : les occasions ne manquent pas de nous laisser surprendre par un petit moment de contemplation émerveillée. « Comme c’est bon ! », « Comme c’est beau ! », souffle notre petite voix intérieure tandis que l’émotion s’empare de notre corps… L’émerveillement est aussi une disposition de l’adulte. A condition qu’on ne soit pas trop pressé, pas trop contraint, ni trop préoccupé ! Et qu’on reste ouvert à ce qui nous entoure ! Aux prises avec le conflit, le travail, la responsabilité, les urgences, les attentes des uns et des autres, nous passons donc le plus souvent devant le musicien sans le percevoir et volons vers notre réunion, aveugles et sourds aux beautés imprévisibles.

Le philosophe Bertrand Vergely, auteur de Retour à l’émerveillement (1), explique qu’à notre âge, ayant perdu l’insouciance et faisant face une réalité parfois difficile, il nous faut reconquérir notre capacité d’émerveillement. Pour y parvenir : « il faut avoir lutté contre soi. Il faut avoir surmonté la tristesse, la lassitude, la révolte, le désespoir et donc, les avoir rencontrés ». L’émerveillement, que Bertrand Vergely situe comme une « une faculté poétique qui se décide », implique un travail sur soi et une prise de conscience de « l’extraordinaire fait de vivre ». Pour lui, il y a de quoi s’émerveiller de « la beauté du monde, la richesse des êtres humains, la profondeur de l’existence », au-delà de nos souffrances, nos impératifs et nos déceptions. Et cela a des vertus : « Quand on prend le temps du regard et de l’admiration, on soigne son âme avant de libérer une véritable générosité », ajoute-t-il.

Laisser les choses s’éclairer

L’émerveillement ne résulte pas forcément de la nature grandiose de la chose ou du spectacle observés. On peut admirer et s’émouvoir de scènes déjà vues et de visions sans prétention artistique. Le sentiment qui nous saisit n’est pas lié à l’objet lui-même mais à notre capacité à le voir, à le ressentir vraiment, à saisir sa présence. C’est ainsi que la romancière Belinda Cannone, dans son essai S’émerveiller (2), définit « un état intérieur favorable qui nous permet de percevoir une dimension secrète et poétique du monde. Soudain on vit pleinement, ici et maintenant, dans le pur présent. Cette disposition intime est une conséquence du désir de vivre et de la faculté de joie ».

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Toutes les préconisations actuelles concernant le yoga, la cohérence cardiaque ou la méditation de pleine conscience, celles qui vantent les mérites des mouvements lents du chi gong ou des heures volées du early-morning, vont dans le même sens : être présent à soi, à ses sensations, ses émotions et son bien-être, dans l’ici et maintenant,  pour contrer l’urgence, le stress, les soucis, les angoisses… Car, en grandissant, nous avons échangé peu à peu notre capacité à regarder la poussière danser dans les rais de lumière contre la capacité de comprendre. Nous n’avons de cesse de savoir, de rationaliser et de maîtriser, pour mieux affronter les rudesses de notre existence. Finis, les mystères ! Envolées, les coccinelles !

S’émerveiller au contraire, c’est accepter de ne pas tout comprendre et laisser les choses s’éclairer plutôt que vouloir les expliquer. Pour revenir à la gourmandise et recouvrer ses cinq sens, il semble qu’il faille en faire le choix : délibéré, conscient et libre. C’est un combat volontaire contre la peur. « S’émerveiller, c’est décider d’arrêter d’être inquiet et jouir de ce qui vient avec gratitude », résume Bertrand Vergely. Je pense soudain à Jean d’Ormesson, surnommé « l’écrivain du bonheur », qui a montré dans ses derniers livres tellement de marques de son émerveillement : se réjouissant d’être en vie, célébrant le mystère de celle-ci, bénissant la nature, les arbres…

« Les grands émerveillés font des indignés magnifiques »

S’émerveiller se choisit et s’apprend cependant avec plus ou moins de facilité selon les personnes et leur histoire. Ce cheminement, ce travail sur soi, part d’une confiance en soi et d’un émerveillement de soi dont l’émotion toute particulière n’est pas donnée à tout le monde. Les épreuves peuvent venir à bout de nos capacités d’émerveillement.

Pourtant, elles peuvent aussi nous y ramener. Face à elles, on goûte au désespoir, à la douleur et au chagrin. Puis, chacun en son temps, on peut y retrouver le goût d’exister, le désir d’être là qui mène jusqu’à l’enthousiasme. « L’émerveillement adulte est une expérience au cœur du cœur de l’humanité, conclut Bertrand Vergely. C’est le plein derrière le vide. Les grands émerveillés sont des vivants formidables et font des indignés magnifiques, pourfendeurs de l’injustice ». Loin de l’ingénuité, l’émerveillement adulte s’enrichit de l’expérience et devient une ressource décisive de l’être.

1 . Retour à l’émerveillement de Bertrand Vergely – essai – Albin Michel, 2010.       2 . S’émerveiller de Belinda Cannone – essai – Stock, 2017
Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°7 – Mars 2018

 

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NOEL EN FAMILLE : BÛCHES ET EMBÛCHES

 

On le prépare, on s’en réjouit et on l’appréhende à la fois : Noël s’annonce et les tensions se réveillent. Chaque année, les familles mettent tout en œuvre pour se rassembler autour du sapin, c’est la tradition ! Néanmoins, les marrons ont parfois un goût amer et la bûche nous reste en travers de la gorge lorsque se rejoue la lutte des places ! Plongée au cœur de la fête.

Bénédicte se demande si elle ne va pas s’offrir une randonnée dans le désert plutôt que de passer un nouveau Noël en famille. Elle n’est jamais idéalement détendue au milieu des siens et ça se voit. « Fais la fête, pas la tête ! » lui a dit sa sœur l’an dernier. Est-ce que ça remonte à l’enfance où elle se sentait déjà vilain petit canard ? Quoi qu’il en soit, pour cette femme de 42 ans, professionnelle accomplie, mariée et mère de trois enfants, le retour au berceau familial est source de malaise. Comme si elle avait trente ans de moins, il semble que rien n’ait changé au pays de la famille originelle. Les mêmes jalousies, l’ironie, les petites phrases… Quand elle pose le pied dans la maison de famille, Bénédicte rechausse ses pantoufles d’enfant et profite peu des rires, des échanges, des embrassades ou des cadeaux. « Je laisse tout ce que j’ai construit au vestiaire ; j’ai l’impression qu’on ne me voit pas telle que je suis devenue. C’est frustrant et ça me rend très triste ».

Parfois le mythe de Noël – paix, joie, partage, retrouvailles harmonieuses – se laisse égratigner. Même si on est heureux de se rassembler, des frictions peuvent s’inviter à la table des fêtes. Or, plus l’attente est forte – d’une fête chaleureuse et réussie -, plus la déception est grande. D’autant qu’on arrive tous avec nos fatigues, nos grands et petits soucis, notre humeur du moment. Une phrase blessante peut faire choc. Dans une interview accordée au magazine L’Express il y a un an, le psychiatre Christophe André affirmait : « Un réveillon raté peut pousser quelqu’un à aller voir un psy »[1].

Noël cristallise les tensions

Comme Bénédicte, Camille craint terriblement le moment de Noël où elle revit chaque année, avec le même chagrin et la même culpabilité, la complicité absolue entre ses sœurs et sa mère, de laquelle elle se sent exclue. Patricia ne supporte pas son beau-frère qu’elle trouve arrogant et qui ne lui adresse jamais la parole. Paul est inquiet de ce premier Noël chez ses parents avec sa nouvelle femme et ses enfants. Laurence a peu de moyens et fait des cadeaux à sa mesure, ce que son frère ne manque jamais de lui faire remarquer. Olivier et Séverine appréhendent des mets trop riches, des repas interminables, une orgie de cadeaux, eux qui aiment faire attention… Les réunions de famille révèlent nos désaccords, nos différences et nos difficultés à vivre ensemble. Noël en particulier cristallise les tensions. C’est LE rassemblement familial par excellence ! Et l’on y accourt en espérant tellement de nos proches, témoins de notre existence : être regardé et aimé, compris et reconnu, être choyé, chéri, comblé… Ce qui ne se produit jamais parfaitement. Ainsi nous sommes forcément déçus. Déçus et prêts à en découdre. Quand la marmite de nos émotions se met à bouillir, notre sang ne fait qu’un tour. Pourtant, « On ne règle pas ses comptes en jetant une bombe au milieu d’une fête », tempère la psychothérapeute Nicole Prieur[2].

Derrière nos émotions, nos sentiments sont complexes et confus. Savons-nous vraiment identifier ce que nous ressentons ? C’est tout notre être qui réagit, avec sa sensibilité, ses blessures, ses besoins et ses limites. Le passé s’enchevêtre au présent. La moindre phrase peut réactiver les vieux comptes non réglés. Un antique sentiment d’injustice peut remonter à la surface, vif comme s’il venait de naître ; ou une très ancienne rivalité entre frères et sœurs, la peur de décevoir, la certitude de n’être pas à la hauteur, une colère sourde… En outre, la représentation que nous avons et qui fait « norme », c’est qu’à Noël on s’aime et on se fait des cadeaux. Si cela ne se produit pas entièrement, cela nous donne un inconfortable sentiment d’échec. Il est aussi question de notre place dans le clan, une place inscrite autrefois, qui nous colle à la peau comme une étiquette : la petite dernière, l’aîné, l’écervelé, le généreux, l’intello, le brillant, celle qui rend toujours service, celui sur lequel on ne peut pas compter… On peut ressentir un profond malentendu quand les regards se portent sur nous sans voir ce que nous sommes vraiment devenus. Identifier tous ces sentiments est une clé pour nous affirmer, avec toutes nos facettes, face à des proches qui pensent nous connaître comme personne (et se trompent forcément un peu).

Partir, revenir…

Et pourquoi ne pas prendre la tangente ? Pas facile de renoncer à ce grand rassemblement ni de se désolidariser de cette promesse tacite ! Des sentiments de loyauté très forts nous unissent à nos proches. Des sentiments et des liens : « les liens du sang ont ceci de particulier qu’ils sont à la fois merveilleux et dramatiques car éternels » précise Christophe André[1]. Ces liens sont à interroger : est-ce qu’ils nous relient ou nous enchaînent, nous sécurisent ou nous empoisonnent, nous consolident ou nous culpabilisent ? Bertrand a eu toutes les peines du monde à faire entendre son choix de passer Noël hors de sa famille, vécu comme une désertion : « tu ne peux pas nous faire ça ! », lui a-t-on reproché. N’aurait-on pas pu lui répondre : « Tu vas nous manquer » ? On aimerait quelquefois s’émanciper du grand raout traditionnel et tester sa liberté de penser. Et si c’était une façon de mettre en acte le fait qu’on a grandi, qu’on a fait du chemin et pris nos distances ? Une petite rébellion pour se sentir exister (et se montrer tel quel) ?

Pour certains qui souffrent profondément et auxquels les liens familiaux font plus de mal que de bien, il en va de leur survie mentale et ceux-là choisissent pour un temps (ou pour toujours) d’aimer de loin. « Une option qui leur permet de continuer à appartenir à la cellule familiale, tout en gardant d’elle une image pas trop contrariante » justifie Christophe André. « Il importe de mettre à distance la pression des uns et des autres et de se poser la question de savoir dans quelle situation on va se sentir le mieux. Il faut assumer d’être déloyal », explique pour sa part Nicole Prieur.

 Un peu d’amour, c’est bon à prendre

La plupart d’entre nous espère toujours faire mieux à Noël suivant. Et puis il n’y a pas que des choses qui dysfonctionnent dans cette famille ! Il y a aussi les fous-rires, les complicités, les souvenirs communs dont l’évocation est tendre, la sécurité ou la fierté d’appartenir à ce groupe, les petits liens d’intimité qui se révèlent, les phrases bienveillantes, les encouragements, les mots d’amour… Un peu d’amour, ça compte ! Et c’est toujours bon à prendre.

Les fêtes et réunions de famille sont aussi l’occasion de renforcer ou de construire des liens. Pour que les cousins apprennent à se connaître, que les plus jeunes côtoient les plus anciens, que les fratries éparpillées se recomposent, que chacun recontacte ses racines. La famille nous ancre dans une histoire. Elle inscrit une permanence dans nos existences fragiles ou encore un ciment, une identité, des rituels, un ensemble de valeurs partagées, une transmission. Même si nous avons une marge pour évoluer et affirmer nos différences. La fête familiale, rituel idéalisant, peut être blessante par certains aspects ou bien nous aider à panser les blessures de notre histoire.

[1] Interview de Louise Prothery pour LEXPRESS.FR publiée le 23/12/2016 [2] Auteure de Petits Règlements de comptes en famille, éd. Albin Michel, 252 p., 16 €.
Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau – Décembre 2017

 


Mise en page 1Une BD pour dédramatiser. « Un soir de Noël, des cadeaux, une dinde et surtout toute la famille réunie (…) Un vrai repas de famille : en entrée, des piques et des reproches ; des vacheries en plat de résistance ; mais pour finir, en guise de dessert, de l’amour, surtout ! ». C’est en ces termes que la dessinatrice Olivia Hagimont présente sa bande dessinée parue il y a  pile un an. Une BD qui porte un regard plein d’humour sur les réunions de famille. Tout le monde en prend pour son grade. Le très charismatique psychiatre Christophe André commente l’ouvrage avec bienveillance : « Le livre talentueux d’Olivia Hagimont, plein de lucidité et d’affection pour le genre humain, respire et attire comme une pièce de théâtre ».

LE DINER DE FAMILLE, Olivia Hagimont, Ed. Odile Jacob 2016 – 15.90€

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Des grands-parents dans l’air du temps

Je vous partage ce petit article que j’ai publié dans le numéro de rentrée du magazine Com’sur un Plateau avec lequel j’espère d’autres collaborations à venir : un petit gratuit de qualité qui fourmille de bonnes nouvelles et de contenus instructifs, très joliment illustré, que les Rouennais trouveront facilement en dépôt ça et là, plutôt en montant les collines vers le Nord… Mais ce numéro 5 et ceux qui le précèdent sont aussi accessibles en lecture virtuelle ici-même ! Bonne découverte !

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On n’est pas des parents formidables mais…

Un petit coup de cœur pour un documentaire des producteurs/réalisateurs « Chasseurs d’étoiles » (un joli programme en soi !) rediffusé récemment à la télévision. « On n’est pas des parents formidables (mais on peut essayer!) » nous fait entrer dans le secret du déroulement d’une thérapie de groupe et l’on suit pendant 6 mois le parcours de quatre parents  désarçonnés et sympathiques à souhait. Submergés par les comportements -résistants ou désinvoltes- de leurs enfants, ils cherchent des solutions. Alternées avec des scènes de leur vie familiale,  les séances de thérapie défilent, souvent émouvantes, où chacun dénoue peu à peu son histoire d’enfant pour mieux rejoindre le parent qu’il est devenu. Ou comment l’écho de l’enfance résonne dans le cœur des parents !

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Philippe a 5 enfants, travaille « dur » et se fait un sang d’encre pour Antoine, 20 ans, qui, lui, « n’en fiche pas une ». Sophie, ancienne championne de ski, cherche le chemin pour communiquer avec son adolescente de fille. Stéphane essaie d’être beau-père. Frédéric a été déchu de son droit de garde alternée et voudrait reconquérir sa place de père auprès de ses deux enfants.

Devant la caméra, ils livrent leurs peines et leurs incompréhensions, leurs agacements et leurs découragements. Entre culpabilité et exigence, ils naviguent à vue. Mais, peu à peu, aidés par la dynamique du groupe et les propositions (originales) du thérapeute, ils changent leur regard, révisent leur position, se mettent en mouvement…Et, comme une évidence, tout, dans leur relation avec leurs enfants, se met à bouger aussi.

Ce thérapeute, c’est le psychiatre Etienne Jalenques. Sa stratégie de thérapie brève s’appelle Dynamique émotionnelle et emprunte à plusieurs sources. Il l’a élaborée dans les années 60-70. Elle surprend en ce qu’elle utilise la respiration, le cri, les larmes, le toucher, le rire, ou encore la mantrathérapie (faire répéter par le patient une phrase de son discours, farcie d’affects coincés ou refoulés).  Mais « taper sur des coussins » mis à part, au fil de ce documentaire, on voit comment Etienne Jalenques pointe, reprend, donne du sens, et facilite le cheminement de chacun.

Le regard est sérieux, parfois grave, mais l’on rit aussi, plusieurs fois, devant ces parents empêtrés (les situations ne sont pas dramatiques). On devient fan et on est heureux quand ils s’en sortent (grandis).

« On n’est pas des parents formidables (mais on peut essayer!) »

France 2 infrarouge  90 min

Réalisation : Marie Agostini
Image : Wilfrid Bof et Pierre Maillis Laval
Son : Sylvain Girardeau et Franck Weber
Montage : Maxime Bonnet

Avec le soutien du CNC

Diffusion  2013

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Ecouter son corps ?

 

De plus en plus, l’idée fait son chemin que les maux du corps ont un sens. Le corps délivrerait des messages qu’il faudrait savoir entendre… Il dirait à sa façon ce qu’on ne dit pas. Notre chair, nos muscles, nos organes et nos os hurleraient les cris que l’on tait. Donner du sens à ce que l’on souffre permettrait de rétablir un équilibre entre corps et esprit.

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«Prends soin de ton corps pour que ton âme ait envie de l’habiter », dit un proverbe chinois. C’est dans la médecine chinoise, vieille de plus de 3500 ans, que plusieurs thérapeutes d’aujourd’hui puisent leur théorie psycho-corporelle, mettant en lien le bien être du corps et celui de l’esprit. Pour la médecine orientale, la maladie témoigne d’un obstacle à la réalisation du Chemin de Vie. La conscience exprimerait ainsi, par des troubles énergétiques générateurs de maladie, les entraves à son plein épanouissement. Il resterait donc à  décoder les désordres et déséquilibres intérieurs qui sous-tendent la maladie afin de retrouver un bon état de santé.

Un corps qui fait mal exprime-t-il le stress, les émotions, les soucis, les phases de la vie ? Qu’est-ce que nous dit un mal d’épaule, un lumbago, une n-ième entorse de la cheville ? Des sophrologues, des réflexologues, des adeptes de la psycho-énergétique, des somato-psychopédagogues ont centré leurs soins sur la relaxation, la perception des mouvements intérieurs, les massages, la stimulation de points corporels et bien d’autres techniques encore qui accueillent et prennent en compte les ressentis physiques et leur localisation dans le but d’accéder aux sources émotionnelles du mal être.

S’il existe une corrélation entre les maux du corps et ceux de l’esprit, la guérison reposerait sur une compréhension plus globale de l’être et de ses mécanismes psychosomatiques : comme un va et vient entre le corps et l’âme qui permettrait de s’adresser à l’un pour aider l’autre et de les réconcilier.

Ecouter son corps qui parle…

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C’est dire si la réflexion est en vogue. Le numéro d’Avril de Psychologies Magazine lui consacre un dossier : « ECOUTER SON CORPS – Bien décoder ses messages ». Une lecture qui invite à ouvrir son regard sur des pratiques peu connues et permet peut-être de se forger sa propre opinion ou de faire le tri entre ce qui nous parle ou non.

Quoi qu’il en soit, c’est indéniable, même si la mode est récente, d’une façon générale, s’écouter est une bonne chose ! (Si l’on veut bien entendre ce qu’on a à se dire et prendre soin de la relation qu’on entretient avec soi-même…). Pourquoi le corps n’aurait-il pas lui-même son maux à dire ?

Néanmoins, il m’a plu de lire, dans ce dossier, cette explication d’une thérapeute : « On ne peut pas recevoir ce qui émane du corps de l’autre si l’on y projette ses propres interprétations. Pendant l’entretien qui suit la séance, je décris ce que j’ai ressenti et la personne construit ses propres significations à partir des informations que je lui donne et de ce qu’elle-même a ressenti ». Ne jamais perdre de vue qu’on est seul à savoir de quoi l’on souffre et ce que l‘on ressent vraiment ! En d’autres termes, j’oserais vous recommander de ne laisser personne vous conter votre propre histoire…

Dis-moi où tu as mal …

Mais du coup, surfant sur la vague de l’énergétique et de la sagesse asiatique, j’aurais bien la curiosité d’aller entendre ce qu’en dit Michel Odoul mardi prochain (26 avril) à La Halle aux Toiles à Rouen (à 20 h) car il donne justement une conférence sur le thème : « DIS MOI OU TU AS MAL ». Et je vous passe volontiers l’information.

Michel Odoul, c’est le fondateur de l’Institut Français du Shiatsu. Praticien reconnu dans cette discipline, il est aussi l’auteur d’un best-seller « Dis-moi où tu as mal et je te dirai pourquoi » (Albin-Michel, 2002) – décliné en « Dis-moi où tu as mal – Le lexique » ou encore en «Dis-moi quand tu as mal et je te dirai pourquoi ».

Ça vous démange ou ça vous donne des boutons ?

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Conférence exceptionnelle de Michel Odoul : « Dis moi où tu as mal » à 20h le mardi 26 avril 2016. Réservation conseillée. Halle aux Toiles, Rouen

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Couple vs famille et belle-famille…

Inventer au quotidien son couple, en empruntant à ses modèles familiaux d’origine, tout en n’étant ni l’un ni l’autre, voilà qui n’est pas chose facile ! Le couple va devoir assimiler les cultures, les ancrages et les attachements divers de chacun des deux et ajouter sa touche créative. Comment se détacher de sa famille d’origine tout en la gardant proche de soi ? Comment trouver la bonne distance dans ses relations avec sa belle-famille ? Quelles limites poser ? Faut-il tout balayer, tout ré-inventer ? Et que faire de toutes nos différences…?

Je vous soumets ce dossier de Psychologies Magazine consacré aux relations entre les couples et leurs tribus respectives. Bonne lecture !

Couple : Concilier famille et belle-famille

Le rôti du dimanche midi, les désaccords avec les beaux-parents, les vacances à partager entre sa famille et sa belle-famille… Former un couple, c’est aussi apprendre à composer avec deux « tribus » parfois très différentes. Les conseils de Christine Brunet, psychothérapeute, pour trouver sa juste place.

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On ne choisit pas sa famille… Pas plus que sa belle-famille. Et nous sommes nombreux à la trouver soit trop critique, soit trop envahissante, ou à l’inverse, trop indifférente… Mais former un couple, c’est apprendre à composer. Avec ses propres parents, dont on doit s’éloigner pour construire notre vie amoureuse. Avec ses beaux-parents, que l’on « adopte » en s’unissant à leur enfant. Avec toute une myriade d’oncles, de tantes, de grands-parents… Autant de modèles qui influent sur nos histoires d’amour. A partir d’eux, les amoureux se lancent dans un subtil travail de tricotage entre deux histoires de famille. L’enjeu, pour Christine Brunet, psychothérapeute : « parvenir à créer son propre couple, sa propre famille ». A transformer son héritage familial « en réaménageant, à sa façon, les traditions, les rites, et en en inventant de nouveaux ».

Se détacher de sa famille d’origine

Pour aimer, on doit arriver à se séparer de sa famille d’origine, ne cessent de rappeler les thérapeutes. « On ne peut pas rester à vie l’enfant de ses parents. Devenir adulte, c’est garder ses marques d’enfant mais construire sa propre vie, penser et développer son autonomie, sa propre idée de réalisation de soi », explique Christine Brunet. La priorité de tout couple doit donc être la nouvelle famille qu’il est en train de créer. D’autant que le risque est grand quand l’un des partenaires reste sous l’emprise de sa famille d’origine ou que celle-ci finit par déterminer les choix du couple. « C’est un poison. Cela ne permet pas au couple de se former, d’imaginer des projets indépendants. Cela crée de la rancœur, de l’aigreur ». Et se répercute sur le désir de chacun envers son partenaire, sur l’éducation des enfants… Une source de nombreux conflits en perspective.

Se détacher de sa famille, c’est aussi savoir la critiquer. « De facon constructive. Il est important que chaque membre du couple puisse transmettre une part de son modèle familial. Mais pour voler de ses propres ailes, il doit savoir dire : « moi j’ai reçu cela, mais je veux faire comme ceci, je veux créer cela ».

Trouver la bonne distance

Pour autant, « couper le cordon » ne signifie pas couper les ponts. Bien au contraire. « Il ne s’agit pas de se désintéresser, de s’exclure de sa famille d’origine. Mais d’essayer de se mettre à la bonne distance. Tout en restant à l’écoute de son désir et de celui de son conjoint. » Qui sera d’ailleurs un précieux allié pour nous y aider. Cette juste place, c’est à chacun de la trouver. De l’inventer. « Elle se construit avec le temps, et sera peut-être un jour à remettre en question. Mais les relations familiales n’évoluent pas forcément dans le mauvais sens ! ». Et les moments passés en famille restent importants, même si l’on a quitté le nid depuis longtemps. « Ce sont des instants festifs, de retrouvailles, d’échange. » Une richesse aussi pour les enfants du couple, « qui peuvent ainsi savoir qui ils sont et d’où ils viennent ». A condition que ces moments ne relèvent pas que de l’obligation…

lire la suite…

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25 novembre, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

En France, une femme sur dix est victime de violences physiques ou psychologiques. Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Ces évaluations émanent de l’enquête ENVEFF (Enquête Nationale sur les Violences Envers les Femmes en France), réalisée en 2000 (la première opération statistique en France permettant de mesurer les violences faites aux femmes). Près de quinze ans après, une nouvelle enquête (VIRAGE) est en cours de réalisation au sein de l’Ined. D’autres études tentent de cerner le phénomène de la violence conjugale. Les femmes en sont les principales victimes même si les hommes peuvent l’être également. La violence conjugale existe aussi dans les couples homosexuels, gay ou lesbiens.

La violence qui s’exerce dans un couple peut être circonstancielle ou relever d’un processus évolutif et cyclique au cours duquel un des deux partenaires exerce une domination physique et/ou psychologique  sur son conjoint par des actes répétitifs.

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Certains auteurs parlent de terrorisme conjugal : la victime subit des brutalités physiques, psychologiques, sexuelles (en France, le viol entre époux est condamnable depuis 1992), économiques (domination financière, privations, contrôle de l’argent) ou spirituelles qui la tiennent dans une soumission et une terreur destructrices (perte de son intégrité psychique, son estime de soi, sa liberté intérieure…); elle devient otage de la relation conjugale et peine à s’en extraire. Au delà de la déroute psychologique des victimes, la peur des représailles, la culpabilité, la honte, le sentiment d’échec, la dépendance économique, sont autant de freins à la demande d’aide d’un tiers. (En savoir plus sur la victimisation par la violence conjugale).

La violence conjugale a des conséquences également sur les enfants du couple, considérés par la Loi comme des victimes, qu’ils soient directement concernés par des actes de violences ou qu’ils en soient les témoins.

25 novembre, journée de mobilisation contre les violences faites aux femmes

La mobilisation est internationale : les violences conjugales constituent un des facteurs majeurs de risque pour la santé des femmes âgées de 19 à 44 ans dans le monde. On estime aujourd’hui à 35% la proportion mondiale des femmes exposées à une forme de violence physique et/ou sexuelle au cours de leur vie.

Retour en France. Dès ce soir (24 novembre) sur France 5, un documentaire inédit, Violences conjugales – Au nom des femmes, sera suivi d’un débat animé par Marina Carrère d’Encausse auquel les téléspectateurs pourront réagir en direct, par SMS, via Twitter avec le #violencesfemmes et sur le site dédié france5.fr/soireespeciale.

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http://www.francetv.fr/temoignages/violences-conjugales/au-nom-des-femmes_1078

Une écoute téléphonique : le 3919

Le 3919 « Violences Femmes info » est, depuis le 1er janvier 2014, le numéro national de référence d’écoute téléphonique et d’orientation à destination des femmes victimes de violences (toutes les violences : violences conjugales, violences sexuelles, mariages forcés, mutilations sexuelles féminines, violences au travail) ou des témoins de ces violences. Ce n’est pas un numéro d’appel d’urgence. En cas d’urgence, il faut appeler la police ou la gendarmerie, en composant le 17 (ou le 112 d’un portable, appel gratuit).

Anonyme, accessible, gratuit depuis un poste fixe ou mobile en métropole, comme dans les départements d’outre-mer, le numéro national 3919 garantit un premier accueil anonyme, une écoute, une information, et, en fonction des demandes, une orientation adaptée vers les dispositifs locaux d’accompagnement et de prise en charge.

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Hey ! Would you like a cup of tea ?

Sexe, thé et consentement. Forcerait-on quelqu’un à boire une tasse de thé sans le vouloir ? Une campagne anglaise interroge avec humour et pertinence la notion fondamentale du consentement sans laquelle aucune relation sexuelle n’est envisageable.

Une vidéo de 3 minutes intitulée « Tea consent » produite par les studios Bleu Seat met en perspective les contours d’une proposition qui peut vite s’avérer aberrante. Ni thé ni sexe sans consentement et respect mutuel ! Ou alors c’est un viol …

http://www.lemonde.fr/europe/video/2015/11/06/angleterre-une-campagne-contre-le-viol-compare-le-sexe-a-une-tasse-de-the_4804906_3214.html

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