VACANCES : DU TEMPS POUR SOI AU MILIEU DES AUTRES ?

Qu’elles passent par du repos intensif ou des activités à outrance, l’enjeu des vacances est de recharger ses batteries en se faisant du bien et, à la fois, de profiter des personnes qu’on aime. Mais gare à préserver son espace et celui du couple dans la multitude effervescente !

Vivent les vacances en famille ou entre amis ! Passer du temps tous ensemble, sans école, sans horaires de travail. Explorer, découvrir, visiter, et puis faire des châteaux de sable ou des randonnées, pratiquer des sports ou des jeux, organiser des soirées pizzas ou des après-midis crêpes, arpenter des paysages ou des parcs d’attraction, avaler des Marvel ou des Walt-Disney, lire des romans, des BD, allumer le barbecue, gonfler le bateau, partager des grasses matinées et des tonnes de câlins, construire des voyages au loin ou juste à côté, faire des centaines de photos, amasser des milliers de souvenirs… Quel bonheur ! L’été, saison des « grandes vacances », est le temps privilégié des familles et des copains de toujours pour s’offrir du temps ensemble et s’extraire de la routine. Si possible au plein air, en comptant sur un soleil généreux. La vie prend un autre goût soudain. En bermuda, en robe légère, tout semble si détendu ! Plus besoin de faire sonner le réveil – sinon pour accompagner les enfants au cours de voile (mais on peut toujours y aller en pyjama et hirsute et revenir avec des croissants). Débarrassé des contraintes habituelles, l’espace devient plus grand ; un vent de liberté souffle sur les pendules ; entre les virées, on se repose, on savoure, on échange, on rit, on se retrouve… A moins qu’il ne faille pas idéaliser ces vacances all-inclusive ?

Pour peu que l’on emporte dans ses valises quelques conflits mal éteints, des doutes, un mal-être, ou des préoccupations professionnelles (et les objets hyper-connectés qui nous y relient…), et le stress s’invitera. Pour peu que le couple déplace au soleil son désaccord sur le partage des tâches ou le cadre à donner aux enfants, pour peu que Monsieur ne supporte pas sa belle-mère ou que Madame en ait assez de passer ses étés dans une maison pleine à craquer où l’on est jamais moins de quatorze à table… les huîtres et le petit vin blanc leur resteront en travers de la gorge. Chacun fait, fait, fait c’qui lui plait, plait, plait… ? En réalité, congé ne rime pas toujours avec liberté.

Bienfaits pour vous !?

S’il s’agit de partir en famille, où qu’elle aille, celle-ci véhicule avec elle ses contraintes naturelles : rythme, horaires, cadre éducatif, règles de vie ensemble, hétérogénéité des besoins individuels et petites chamailleries en tout genre… S’il s’agit de passer l’été en famille élargie avec les parents ou beaux-parents, frères, sœurs, neveux et nièces, cousins, etc., ou avec une sympathique bande d’amis, cela renforce la contrainte en multipliant les dissemblances de fonctionnement, d’opinions et de règles. Qui plus est, on peut se retrouver à « en faire plus » que chez soi pour la bonne gestion du groupe : plus d’intendance, plus de sorties et réceptions, plus d’événements à organiser pour contenter et occuper tout ce petit monde. Pas sûr qu’on réussisse à trouver une heure pour soi, pour courir au bord de l’eau, s’essayer à l’aquarelle ou lire dans un transat. Et encore moins sûr qu’on trouve un espace d’intimité pour soi ou son couple !

Si, au lieu de suivre vos envies, vous vous pliez en quatre pour que votre conjoint ou vos enfants vivent des vacances inoubliables, écoutez en vous la petite alarme qui clignote ! Si vous rêvez d’un doux farniente sur un rivage ensoleillé et que vous êtes en train de soigner vos ampoules sur les chemins de Compostelle sous le regard d’un âne blasé, est-ce parce que quelque chose n’a pas été dit ? Si vous aviez besoin de tranquillité et de respiration, comment se fait-il que vous soyez parti(e) en meute vous noyer dans la foule d’une feria espagnole ? Comment ne pas se retrouver dans la situation de faire le contraire de ce qu’on aimerait faire ? Comment faire plaisir en se faisant plaisir ? Comment respecter ses besoins et les besoins des autres ? Faire plaisir, prendre soin, oui, mais pas jusqu’au sacrifice ! Chercher le compromis, mais sans se compromettre ! Avec une souplesse qui s’applique à soi autant qu’aux autres. L’objectif est de couler des jours agréables avec ceux qui nous entourent. Au risque sinon, de rentrer éreinté, asséché, frustré, envahi et triste tout au fond de soi…

« Moi, c’est simple, explique Isabelle, j’ai dit à mon mari que je voulais bien qu’on fasse cette randonnée en famille mais que je voulais commencer par trois jours de farniente : pas de programme, rien ! ». Il y a un temps pour tout. Peut-être faut-il faire de ses vacances, une succession de temps et d’espaces pour chacun. Pour soi, pour le couple, pour les enfants, pour les autres. Cela implique d’être à l’écoute de soi. Ai-je envie et de quoi ai-je besoin ? Avoir faim (besoin de se nourrir) n’implique pas avoir envie d’une glace pistache-fraise. Avoir besoin de partager des moments de qualité avec les siens, ne signifie pas ne se consacrer qu’à eux ni ignorer ses limites. Repérez vos besoins et communiquez auprès de votre entourage sur vos intentions pour ces vacances d’été !

Oser poser des frontières

Récemment, un couple me confiait avoir du mal à « laisser ses enfants » pour partir en vacances à deux. « Et c’est tellement important de faire des choses en famille ! On adore ça ! », justifiait-il. De son côté, une jeune-femme se plaignait que son mari n’entende pas son besoin de « prendre du temps à deux » et que, pour lui, « les enfants passent toujours en priorité ». Là où les deux adultes d’un couple ont l’opportunité de se retrouver en vacances, de s’accorder du temps et de la tendresse et de s’accommoder ensemble de leurs désirs propres, les mêmes adultes, couple de parents, auront tendance à se fondre dans le désir et l’attente de leurs enfants. Pourquoi serait-ce tout l’un ou tout l’autre ? Au milieu de deux semaines où l’on fait smala en Bretagne, n’y a-t-il pas moyen de s’échapper un week-end tous les deux ? Ou un soir au restaurant ? Ou un après-midi en balade ? Ou le temps d’une partie de tennis ? Ou s’échapper seul, pour un yoga sur la plage ou une heure chaque jour rien qu’à soi ? Il y a bien un « club Mickey » dans les parages ! Au pire, un baby-sitter prêt à se faire grassement rémunérer !

Bien sûr qu’on trouve du bonheur dans les moments partagés avec la jolie famille qu’on a construite et à laquelle on tient tant, à faire des choses ensemble et à trouver du temps commun qui nous file entre les doigts sinon. Bien sûr qu’il y a de la joie dans les effusions d’un groupe, à refaire le monde et à savourer la douceur de vivre. Mais les vacances nous appartiennent aussi en ce qu’elles nous ressourcent et nous repulpent personnellement et repulpent notre vie à deux. Elles sont l’occasion de créer du lien avec soi et avec celui ou celle qu’on aime, lien qui a besoin d’être nourri, stimulé, ou retendu, alors que le reste de l’année, on pare au plus pressé sans forcément en prendre soin. Au milieu du chaos, même joyeux, généré par les vacances en nombre, pensez à vous caler des petites conversations à deux, gourmandes intellectuellement et affectivement. Parlez-vous de l’amour que vous vous portez, de vos projets, de vos victoires et écueils de l’année ou du dernier bouquin que vous avez dévoré. Créez votre bulle et faites-en ce que bon vous semble… Il faut savoir parfois fermer les frontières ! Osez dire à vos enfants, à vos parents, à vos petits camarades, qu’à ce moment-là, vous n’y êtes pour personne. Offrez-vous ce petit cadeau car personne d’autre que vous ne vous l’offrira. Tous les espaces que vous laisserez vides seront remplis, envahis, colonisés, si vous n’y prenez garde. Or, le vide, ça peut faire du bien. Celui qu’on comble de soi, puis où l’on aime et se laisse aimer.

Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°12 – Juin 2019

Pour poursuivre (dans un transat) : 

 

Voyager en famille, 50 destinations de rêve de Caroline Krauze – Hachette – 2018 – guide

 

 

Vacances obligatoires en famille de Valentine de Le Court – Editions Mols – 2015 – roman

 

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ADOS ET SEXUALITÉ : EN PARLER A L’ECOLE ?

La sexualité est un sujet tabou : plein d’interdits, à la fois sacré et impur. Un sujet sur lequel on fait silence donc, le plus souvent, par crainte ou par pudeur. Pas si facile de l’aborder en mots entre adultes et encore moins avec nos enfants, même si la famille est le lieu de l’éducation et de la transmission. L’école peut-elle être un relais ?

La sexualité se construit tout au long de notre vie. De l’enfant à l’adolescent, de l’adulte au senior, elle est omniprésente, même si sa place change sans cesse. Sa découverte et son exploration à l’orée de l’âge adulte se font sous l’influence de l’environnement culturel et familial mais aussi celle des médias, d’Internet ou des réseaux sociaux ; les uns et les autres adressent des messages divergents et imposent des représentations. Les valeurs, croyances et idéaux familiaux ne sont pas toujours en accord avec les recommandations de la société dont la norme est une sexualité « libérée » et l’enjeu, la santé publique. Les images qui circulent en libre accès (de la publicité à la pornographie) véhiculent quant à elles une vision morcelée et réduite de la sexualité ainsi que des modèles que les jeunes peuvent absorber sans recul. Enfin, les adolescents peuvent être déchirés entre les injonctions de leurs parents et les appels de leur génération. Autant de bonnes raisons de s’adresser à eux, au contraire de les laisser, seuls, construire leur vie affective et sexuelle, en dehors de tout repère.

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Si la famille a du mal à mettre des mots sur ce qui touche la sexualité, si les conflits ou la pudeur entravent le dialogue enfants-parents, il reste à organiser, dans le temps scolaire, des rencontres sur ces sujets.

Comment ou pourquoi ?

L’Education à la sexualité dans les établissements scolaires est encadrée par la loi (circulaire N°2003-027 du 17-2-2003) qui prône « trois séances d’information et d’éducation à la sexualité, au minimum, dans le courant de chaque année scolaire ». Ce n’est pas le cas, hélas, mais les élèves ont au moins une fois dans leur scolarité accès à une séance. L’éducation sexuelle à l’école a longtemps été cantonnée à des cours de Sciences naturelles sur la reproduction – où il était savamment évité de se confronter à l’intimité du sujet ou à tout versant affectif. Puis elle a pris, dans les années 1970, en parallèle des lois sur la contraception ou la prévention des grossesses non désirées et des mouvements de libération sexuelle, un aspect de campagne de prévention et d’information sur la pilule. La peur engendrée par l’épidémie du SIDA, dans les décennies suivantes, a modifié le discours proféré aux élèves, de plus en plus préventif et hygiéniste, le centrant sur l’usage du préservatif (comme barrière absolue contre les IST [1] et les grossesses non voulues, à la fois) et les risques de transmission liés aux pratiques sexuelles (éducation à la santé sexuelle). téléchargement (2)Plus près de nous, l’accès banalisé aux images pornographiques, la circulation des « nudes » et vidéos intimes, les connotations sexuelles répandues à profusion dans notre quotidien audiovisuel, se sont mis à véhiculer de nouvelles représentations et normes sociales implicites : le sexe, comme un ensemble de techniques et de performances ou comme un bien consommable, non impliquant, coupé de tout enjeu relationnel et affectif. Or, les demandes des établissements pour des interventions dans leurs classes, toujours sous-tendues par l’idée d’une sexualité-danger et ses aspects préventifs, ne rencontrent pas toujours les préoccupations des jeunes, ni la réalité dans laquelle ils trempent, et peuvent manquer l’opportunité d’apprendre à « penser » la vie sexuelle, de chercher du sens (pourquoi) plutôt que des consignes (comment).

C’est pourquoi les intervenants extérieurs sur le thème de la « Vie affective et sexuelle », médecins, sages-femmes, infirmières, conseillers conjugaux et familiaux –dont c’est une mission essentielle -, ont inscrit leurs animations scolaires dans la recherche d’échanges avec les adolescents, d’une mise en mots et d’une réflexion avec eux sur leur vie d’adulte. En n’omettant pas que dans « relation sexuelle », il y a « relation » et que celle-ci implique des personnes tout entières. Assorties des messages préventifs et informatifs essentiels à la prise de décision responsable et autonome, ces animations s’attachent à créer du lien entre sexe et investissement affectif, entre corps, cœur et cerveau. La sexualité pensée comme un objet de consommation convoitant le plaisir et assouvissant les pulsions, éloigne l’être de sa recherche absolue de tendresse et de relation. Le discours de prévention se situe aujourd’hui dans la démarche de « rétablir le lien entre le sexe et la personne et d’aider les adolescents à sortir de cette image d’une sexualité morcelée, réduite à un phallus en érection qui éjacule » explique le Dr Nicole Athéa dans son livre, « Parler de sexualité aux ados » (voir encadré).

Respect, consentement et estime de soi

Faire contrepoids aux messages implicites des médias concernant une sexualité performante, détachée des émotions, du psychisme ou de la pensée humaine, ne signifie pas plaquer nos représentations d’adultes sur les adolescents rencontrés. Lier le sexe et la personne est différent par exemple de : lier le sexe et l’amour ou l’engagement (idéalisé par nous). L’objectif est de les accompagner dans leur quête de découvrir et d’expérimenter (la sexualité n’est pas une connaissance mais une expérience), qui est aussi une quête de soi et qui passe nécessairement par le « papillonnage ». La notion de relation, plus ou moins amoureuse ou passagère, est alors à replacer dans le respect, la confiance, le consentement et l’estime de soi : suis-je aimable ? capable ? ai-je de la valeur ? Etre libre n’est pas faire ce qui nous plait sans tenir compte de soi ni de l’autre. Les expériences sexuelles, envisagées ou réalisées,  peuvent aussi bien participer à la construction de l’estime de soi qu’à sa dégradation et être source d’anxiété. Ce sont bien des questions que les jeunes se posent ; un élève avait inscrit dernièrement sur un petit papier : « si on n’a pas confiance en soi, comment pouvons-nous faire confiance à celui qu’on aime ? ».

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Nicole Athéa le résume ainsi : « Une bonne estime de soi est une condition indispensable à tout comportement de prévention. Pour nouer une relation affectivement et positivement investie, il faut avoir une image de soi suffisamment bonne ». Notre travail auprès des adolescents tend vers la construction d’une image d’eux-mêmes responsable, respectueuse et positive : qu’ils se sentent dignes d’être aimés, assez affirmés et éclairés pour pouvoir dire oui ou non, qu’ils soient acteurs et prennent des décisions, qu’ils sachent s’ils sont prêts : à quoi et pourquoi, qu’ils entrent en relation…

Certains parents craignent que nous parlions crûment de sexualité à leurs enfants. Nous répondons avec des mots choisis aux besoins d’information qu’ils expriment et nous débattons avec eux de ce qui les intéresse. Entre tabous familiaux et images faussées de la réalité, nous les aidons à construire des points de repère, des appuis et des pistes de réflexion. En créant une confiance et un lien, le temps de nos interventions, la parole devient possible, se libère, les ouvre à la connaissance d’eux-mêmes et des enjeux d’une sexualité qu’on leur souhaite épanouissante plutôt que blessante.

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Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°11 – Mars 2019
[1] IST : infections sexuellement transmissibles
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Pour aller plus loin : ce livre du Dr Nicole Athéa propose un ensemble de réflexions sur la sexualité des adolescents, s’adressant aux intervenants scolaires aussi bien qu’aux parents. Une aide pour aborder avec eux les questions qui les préoccupent et les accompagner, à travers les messages divergents de leur environnement, vers une sexualité choisie, libre et responsable.
Parler de sexualité aux adosUne éducation à la vie affective et sexuelle, Dr Nicole Athéa, Eyrolles, 2006

 

 

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FRÈRES ET SŒURS : JE T’AIME, MOI NON PLUS !

 

Certains d’entre nous avons grandi avec des frères et sœurs. Dans le meilleur des cas, nous nous sommes serrés les uns contre les autres pour nous tenir bien chaud. Comme des chatons de la même portée, nous avons appris à nous affirmer, à travers des jeux complices et quelques échanges de coups de griffe. Adultes, nous restons fortement imprégnés de ces liens.

Notre histoire ne se définit pas seulement par ce que nous avons reçu de nos père et mère ou ce dont nous avons manqué. Nos liens entre frères et sœurs, construits dans l’enfance, influencent nos vies d’homme et de femme et participent à notre identité. Nul besoin d’être jumeaux pour partager des ressemblances et se sentir intimement reliés, voire indissociables, comme des pièces participant au même puzzle. Qu’on ait un ou deux parents en commun, il y a ce qui nous rassemble et ce qui nous différencie, mais nous sommes modelés de la même glaise. Depuis toujours, nous nous sommes affrontés aussi bien que soutenus, nous nous sommes influencés, et nous portons en nous, pour la vie entière, l’empreinte de ces liens primordiaux.

images« On ne s’entend pas parfaitement, on ne se voit pas si souvent que ça, raconte Céline, jeune mère de famille, au sujet de ses deux demi-frères qui vivent loin, dans le Sud de la France. Mais ils sont là et font partie de moi ; c’est dur d’imaginer la vie sans eux ; oui, c’est comme une partie de moi… et c’est mon clan ! ». A l’approche des fêtes de fin d’année, certains appréhendent les retrouvailles familiales car, outre la confrontation avec les parents qui ne peuvent parfois s’empêcher de nous remettre dans une position d’enfant et de nous faire des « réflexions à la noix », le rassemblement de la fratrie adulte peut réveiller des jalousies enfantines, des désaccords du passé et nous faire vivre nos divergences comme des trahisons. « Malgré tout, quelque chose se reforme quand nous nous retrouvons réunis comme autrefois, explique Olivier, aîné d’une fratrie de 4 garçons. Au milieu de mes frères, je me sens à l’abri et plus du tout seul ; je peux lâcher des barrières ; on se comprend même sans se parler ; on appartient à un tout »…

Un ami donné par la nature

Un « clan », un « nous » un « tout »… Un groupe en somme, qui partage une identité, une appartenance, une histoire, des valeurs et une unité. Les enfants d’un même couple, d’un même père ou d’une même mère ne sont pas que des rivaux devant leurs parents, se chamaillant pour avoir la meilleure place ou s’attirer leurs grâces. Ils sont aussi unis par un même pacte et, quoiqu’étant distincts, ils ont du mal à se différencier. Le « nous » précède le « je ». La loyauté des liens fraternels restera inscrite dans leur existence, malgré les éloignements et les écarts de trajectoire.

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Frères et sœurs biologiques partagent l’expérience inouïe d’être issus d’une même matrice. Qu’ils aient le même nez, les mêmes reflets dans les cheveux, le même talent pour le dessin ou la même répartie insolente, c’est pour eux comme une « marque de fabrique » : ils se reconnaissent et en sont fiers. Une façon d’apprivoiser en sécurité le fait d’être soi, d’être unique, en n’étant pas tout à fait seul, et d’admirer à loisir son reflet dans le miroir de l’autre. Guillemette, cadette d’une fratrie nombreuse, se souvient : « Tous blondinets avec des taches de rousseur, nous avions seulement quelques centimètres de différence et quand nous nous présentions les uns après les autres, nous étions bien conscients de la surprise amusée des adultes et aussi de la fierté de nos parents… Nous étions du même moule ! ». Par nature différents mais indissociables dans l’imaginaire, les frères et sœurs forgent des liens d’une force unique, faits d’amitié, de complicité et de loyauté, si tout se passe bien : des liens qui sécurisent, qui renforcent, qui soutiennent. « Un frère est un ami donné par la nature »[1]. Amis d’enfance, les frères ou les sœurs sont aussi les gardiens et les témoins d’un passé commun, auquel ils aiment se ressourcer ensemble, une fois de temps en temps, devenus grands.

Frères ennemis

Cependant, la fraternité peut être mise à mal.  L’harmonie, la complicité, l’affection ou l’amitié ne sont pas toujours au rendez-vous des grands rassemblements des familles. Les failles dans la fratrie ont pu se créer dans le jeune âge ou un peu plus tard, être apaisées ou réparées ou ne l’être pas. Question d’ordre d’arrivée ou de place dans la fratrie, question d’appréciation de l’affection ou de l’attention des parents vis-à-vis de soi ou des autres, question de séparation (des parents et parfois de la fratrie)… ? Des sentiments de jalousie, de colère, de rancœur, d’injustice ou d’abandon naissent parfois, dans le contexte de concurrence qui s’organise naturellement autour de l’enjeu d’être aimé de ses parents – sans que les parents ne l’attisent forcément. En se comparant, les enfants apprennent à se différencier mais ce n’est pas toujours sans blessure ni rancune qu’ils intègrent cette séparation. La dissociation, l’éclatement du « tout », peuvent être vécus dans la douleur et l’hostilité. La haine n’est pas si éloignée de l’amour… De deux choses, l’une : les frères et sœurs, en grandissant, continuent, à sortir les griffes les uns envers les autres tout en reconnaissant qu’ils s’aiment profondément ; ils font la part des choses et restent unis. Ou alors, la hargne n’est pas dépassée, résolue, parlée, et demeure un empêchement à vivre et il arrive que des fratries se déchirent avec violence. Le meurtre du frère ennemi, puisqu’il est interdit, s’exprimera symboliquement par le silence, la négation de l’existence de l’autre, ou par une rupture fracassante sous un prétexte ou un autre, assortie de reproches … assassins.

« L’on hait avec excès lorsque l’on hait un frère », écrit Jean Racine dans La Thébaïde (ou Les Frères Ennemis). Les liens inscrits dans le sang ont ceci de particulier qu’ils sont indéfectibles. Pour peu qu’ils nous mettent en danger, nous emprisonnent ou nous empoisonnent, ils prennent un tour dramatique. L’amour fraternel devient haine et souffrance quand il est blessé car la trahison est intime, l’opposition inacceptable, la scission insupportable, la division impossible… Celles-ci se feront donc dans la douleur et dans le bruit. Même si, à l’image de la tragédie de Racine, c’est sans issue… puisque si les uns sont tués, les autres meurent de chagrin.

A moins qu’on réussisse à en parler.

Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°10 – Décembre 2018
[1]Dans La Mort d’Abel, III, 3, Caïn de Gabriel Marie Legouvé, poète français (1764-1812).

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1 + 1 = 3 … ou le casse-tête des jeunes parents

Etre deux, être amoureux, être disponible l’un à l’autre et puis soudain, être trois, avoir un bébé, devenir parents, devenir une famille. L’équation a changé. Il faut intégrer des variables, résoudre des inconnues. Un défi passionnant mais souvent délicat pour le couple.

Ils l’ont rêvé, attendu, désiré… Bébé est enfin là, tout en tendresse. Si petit et vulnérable, si dépendant, ses besoins sont immenses. Dans son regard pastel, le reflet de ceux qu’il a fait parents, à la fois émerveillés et sous le choc d’avoir donné la vie. Ils se contemplent comme père et mère, alors qu’hier ils étaient deux amants. Chaque jour leur apporte de nouvelles expériences et peu de répit. Pour répondre aux besoins quotidiens de leur nourrisson, ils se mobilisent et s’appliquent. Parfois ils se relaient aux soins et aux biberons, pour permettre à l’autre de récupérer. La solidarité prend le pas sur la séduction. La résolution des contraintes, sur la spontanéité. La complicité comme le désir de l’un pour l’autre ont parfois du mal à retrouver leur chemin et le bon moment pour s’exprimer. Les pleurs du petit d’homme ou la fatigue font obstacle aux moments à deux. La relation du couple est en train de changer.

Aussi désirée soit-elle, une naissance –qui plus est, la première – implique une période de crise pour les couples, au sens d’une phase de transformation de la relation, jalonnée d’émotions. L’équilibre du couple change d’état. Or le passage d’un état à un autre peut s’avérer plus ou moins inconfortable et conflictuel. Après le baby-blues, le baby-clash… ! Osons le dire, tout n’est pas rose quand l’enfant paraît : il s’agit d’une période risquée pour la relation, aboutissant à une séparation dans un couple sur cinq, d’après le psychiatre Bernard Geberowicz. Selon lui, même si, dans la plupart des cas, l’arrivée du premier enfant permet de « vérifier la solidarité, les connivences, les valeurs et affinités d’un couple », elle peut aussi révéler « des différences trop profondes à combler ».

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Pour aller plus loin : Le couple face à l’arrivée de l’enfant : Surmonter le baby-clash, Bernard Geberowicz, Colette Barroux-Chabanol, Éd. Albin Michel, 2014, 263 p., 17 €.

S’il ne perçoit pas ce changement dans sa dynamique relationnelle, le couple se laisse entraîner hors de ses repères sans comprendre ce qui lui arrive. « Depuis l’arrivée de Téo, je n’ai plus une minute à moi et j’ai l’impression que, pendant ce temps, son papa en fait de moins en moins », s’inquiète une jeune maman. « Tu n’as plus d’yeux que pour lui ! » se défend son conjoint. Les tentatives d’échanger se transforment en disputes, les malentendus s’installent, les partenaires se sentent délaissés, incompris, dévastés ; l’épuisement vient recouvrir les frustrations de toutes sortes. Chacun vit des changements au cœur de lui-même qui, associés aux nouvelles interactions dans sa vie, vont également faire bouger sa façon d’être en relation avec le monde extérieur. C’est une révolution.

« Rien ne sera plus comme avant, et tant mieux ! »

A titre personnel tout d’abord : devenir père ou mère s’accompagne de mouvements profonds dans l’être qui interrogent les nouvelles responsabilités par exemple mais aussi bouleversent l’affectivité, les émotions, les liens d’attachement… Outre des élans joyeux ou attendris, l’arrivée d’un bébé peut générer des peurs, des inquiétudes, réveiller des colères ou des chagrins enfouis. « Au début, dit Emmanuelle, c’était dur de sentir mon fils complètement dépendant de moi. Ça m’angoissait. Puis quand j’ai repris mon travail, bizarrement, j’ai eu beaucoup de mal à me séparer de lui. Je pleurais tous les matins après l’avoir déposé à la crèche. Ça  a duré des semaines  ». Chaque individu chemine à son rythme et selon son histoire à travers ces bouleversements intimes. Pour la maman, les neuf mois de la grossesse, l’accouchement ou encore l’allaitement sont vécus dans le corps et il lui faut un peu de temps pour intégrer ces événements, se retrouver, s’accepter, se sentir à nouveau femme. Quant au papa, que ressent-il face à ces métamorphoses spectaculaires et aux attentes dont il est l’objet ? Et qu’est-ce que l’apparition de son enfant lui fait vivre ? Ou quand sa compagne est accaparée par le bébé et semble le négliger ? Le dialogue n’a pas forcément lieu dans le couple, sur toutes ces perceptions nouvelles de soi. Nul doute, pourtant, qu’elles impactent la relation conjugale.

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Parallèlement, le couple fait face à des mouvements importants dans sa relation. Il doit construire une nouvelle organisation commune des places, des tâches ou des rôles, qui le force à se déplacer et se repositionner. Son intimité est bouleversée ainsi que sa libido. Ses nuits sont morcelées. La fatigue ou les contraintes balaient tous les petits moments à deux. Le bébé passe avant tout. Le couple parental se forme, le couple conjugal s’oublie un peu. Ça non plus n’est pas forcément mis en mots. Enfin, les relations se modifient avec la famille, les amis (et plus généralement le monde extérieur), à qui le couple a moins de temps à consacrer ou qui cherchent leur place eux-mêmes dans la nouvelle composition couple-bébé avec plus ou moins d’adresse et de bienveillance.

L’idéal selon Bernard Geberowicz : « Que chacun soit prêt à considérer que rien ne sera plus comme avant, et tant mieux ! ». Les parents font l’expérience de l’élasticité de la relation. Celle-ci n’est pas figée, ni rigide ; elle peut s’adapter aux nouveaux besoins, aux nouvelles données, et s’enrichir du fait même de se transformer. Mais quand le bouleversement est trop déstabilisant, quand la révolution charrie trop de déceptions, de malentendus ou d’incompréhensions, quand les soubresauts de leur relation mettent les partenaires en insécurité, il arrive que l’un ou l’autre se replie, s’isole, voire montre des signes de dépression. L’entourage amical ou familial peut être sollicité pour trouver des appuis ou bien un tiers qui saura écouter cette souffrance et les affres de la nouvelle configuration familiale.

Des moments privilégiés

Les tensions, les incompréhensions s’apaiseront le plus souvent dans le dialogue du couple, dans le soutien et la solidarité que celui-ci pourra se manifester mutuellement, dans le partage des émotions et des vécus de chacun, mais aussi dans la construction volontaire et déterminée de temps à deux, sans enfant : des temps de détente et de plaisir, des temps de retrouvailles, de tendresse ou de sensualité, des temps pour s’aimer… Ou encore, entre amis, car les relations extérieures sont aussi sources de partage, de distraction et de décontraction. Accepter les mutations relationnelles, les bouleversements personnels, la nouvelle dimension du couple, ne signifie pas renoncer à son couple d’origine, ce couple d’amants qui est la source du projet. Afin de ne pas se perdre de vue, de rester en lien malgré tous les bouleversements qui pourraient le placer dans un mouvement centrifuge, le couple peut choisir de créer des moments privilégiés. Emilie et Pierre ont instauré par exemple de déjeuner ensemble tous les jeudis et ils tiennent la place, parfois de haute lutte, en résistant aux pressions professionnelles et aux contraintes diverses. Leur résolution est de privilégier « le plaisir d’être ensemble » et le fait de « parler d’eux ». Emma et Phil se consacrent quant à eux un moment d’échange tous les soirs quand leurs jumeaux dorment pour « prendre le temps de se retrouver et de se séduire » malgré leur épuisement. Soirées cinéma ou canapé, nichés dans les bras l’un de l’autre, weekends sans enfants, diner au restaurant ou sur un coin de table de cuisine, peu importe ! Ce qui compte c’est que le couple fasse des choix qui lui permettent de vivre sa conjugalité et se préoccupe de lui-même : toute façon de nourrir le précieux lien sans lequel, après tout, bébé n’aurait pas pu montrer le bout de son nez…

Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°9 – Septembre 2018

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Epuisées ? Un été pour récupérer

Envisager, organiser, prévoir et surtout ne pas oublier de… Bon nombre de femmes témoignent de leur épuisement à penser à tout, tout le temps. Un épuisement qui peut conduire à une forme de burn-out que les chercheurs ont nommé : la (sur)charge mentale. Mais pourquoi cette charge pèserait-elle plus lourd sur les femmes ? N’avons-nous donc pas évolué ?

 Le frigo est couvert de post-it ; partout on tombe sur des listes, raturées, gribouillées ; la facture du garagiste a atterri dans le cartable de Camille ; le panier de linge déborde ; impossible de remettre la main sur le carnet de santé… ? Mais qui va y voir les signes extérieurs d’un bouillonnement intérieur qui mousse dans toutes les directions ? Personne ne semble craindre l’éruption imminente.

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Les femmes sont le plus souvent pleines de courage, de talents et d’énergie mais parfois elles s’épuisent. Et quand elles commencent à s’en plaindre, on leur conseille généralement d’en « faire un peu moins » (car peut-être en font-elles « un peu trop »… ?) ou alors de demander de l’aide (« ma chérie, c’est important de savoir demander ») ou encore on leur recommande de « lâcher prise » (c’est vrai que « c’est agaçant, à la fin, ces personnes qui veulent absolument tout contrôler ! » …). En général elles se défendent comme elles peuvent mais n’en mènent pas large à l’intérieur car elles-mêmes doutent : ne seraient-elles pas en train de se « noyer dans un verre d’eau » ? Alors, pour passer les insomnies, elles font et refont les comptes de leurs journées sans fin : comment gagner du temps ? Comment s’organiser mieux ? Et comment faire rentrer la réunion parents-profs, le gala de danse, le vaccin, la cueillette de légumes et le séminaire « anti-stress » dans cet emploi du temps de ministre ? Il faut bien que tout se fasse… Telles des divinités indiennes, elles démultiplient leurs bras pour accomplir leurs tâches multiples et variées. Jusqu’à ce qu’elles n’en puissent plus, parfois, d’essayer d’être à tout prix parfaites et qu’elles viennent en consultation, le cerveau submergé, le cœur à l’envers, le moral à zéro, le corps fatigué et trainant en vrac une piètre image d’elles-mêmes.

Alerte ! Surcharge mentale !

Or, si l’on tend l’oreille, ce n’est pas tant de « tout faire » qu’elles se plaignent que d’avoir à « penser à tout ». Qu’elles aient ou non une vie professionnelle, elles évoquent leur part de travail invisible : le fait qu’elles portent la responsabilité du foyer. Comme des capitaines de navire (sans les galons) ou des chefs de projet (sans la rémunération), elles se sentent chargées de la bonne marche de la maisonnée, voire de l’entreprise familiale s’il y a des enfants. Ce qui implique non seulement des tâches variées dans des registres innombrables : domestique, administratif, financier, logistique, stocks et approvisionnement, gestion de crise, relations publiques, événementiel, tourisme et loisirs, éducation et soins… mais aussi le fait qu’il faut anticiper, organiser ou planifier pour produire si possible en flux tendu, sans oublier ni rien ni personne et surtout pas les anniversaires ! La tension, la vigilance, l’énergie que mobilise ce travail sont tout aussi invisibles et difficiles à reconnaître. Le risque, c’est le surmenage : que les contraintes s’embouteillent, se bousculent et s’agglomèrent puis prennent toute la place ; que le stress envahisse l’esprit ; que l’esprit étouffe ou s’embrase.

Une chercheuse de l’Université Laval de Québec a mis des mots sur ce phénomène de burn-out au foyer : pour Nicole Brais, la « charge mentale » se définit comme un « travail de gestion, d’organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence ». La surcharge mentale n’est pas à prendre à la légère – ne sous-estimez pas une femme qui se dit fatiguée ! Tendez plutôt l’oreille ! Elle génère en premier lieu un surcroît de stress et un trop-plein émotionnel. Et elle peut conduire à une détresse psychologique, à des signes d’anxiété et de dépression, une fatigue mentale, de la lassitude ou du découragement, comme à des désordres physiques : épuisement, manifestations de la peau, migraines, maux de ventre… La période de la maternité et du post-partum peut rendre les femmes plus vulnérables à la surcharge ; également celle de la ménopause où l’anxiété liée à la charge mentale peut avoir des effets sur l’augmentation des symptômes déjà pénibles de cet âge que sont les bouffées de chaleur, les suées nocturnes, les troubles du sommeil…

Ce qui reste de l’inégalité hommes-femmes

Aujourd’hui, les partenaires du couple négocient la répartition des tâches et l’on jurerait que le partage est plus équitable entre les femmes et les hommes. Et puis – allons-donc ! – cela fait bien longtemps que les papas ne renâclent plus devant un bébé à changer… Sauf que d’après les sondages réguliers de l’INSEE, les femmes continuent d’assumer la majorité des tâches ménagères, qu’elles travaillent ou non hors de la maison : près des deux-tiers (71%), et la majorité aussi des tâches parentales (65%). Une inégalité qui a très peu diminué depuis une trentaine d’années (En 1985, ces taux s’élevaient respectivement à 80% et 69%) et qui peut déséquilibrer un couple.

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extrait de la BD d’Emma : « Fallait demander« 

Emilie et Julien s’inquiètent de leur relation qui a tant changé, comme si le quotidien avait tout emporté, ne laissant plus de place à ces précieux moments à deux qui ont dégringolé sans qu’ils s’en aperçoivent dans l’échelle des priorités. Emilie se dit harassée ; il lui semble que les événements lui échappent, qu’elle perd pied, qu’elle n’y arrivera pas… et, comme une coupable, elle avoue la perte de son désir : « Le soir, je suis à bout, je n’ai qu’une envie, c’est de dormir. Je n’en peux plus, je ne m’en sors pas. Il y a trop de choses…», tente-t-elle d’expliquer à son mari. Mais Julien se sent agressé : « Qu’est-ce que tu me reproches ? Si tu as besoin d’aide, tu n’as qu’à me le demander ! ». Emilie se sent incomprise. Mais comprend-t-elle seulement, elle-même, ce qui lui arrive ? Est-elle vaincue par une réalité excessive (le nombre des choses à faire) ou alertée par une limite intérieure (c’est trop pour moi) ? Elle et Julien en viendront-ils à reconnaître et valoriser l’implication de chacun dans le fonctionnement de leur foyer et à s’en féliciter ? Ou chercheront-ils à répartir leurs tâches différemment ?

Mais autre chose est à pointer : la perception par chacun de ce qu’il a à faire. Ainsi, Violaine essaye de dire à Thomas dont elle partage la vie depuis 10 ans qu’il a beau prendre largement sa part des tâches ménagères, elle est « lasse de penser à tout ». Mais quand Thomas lui répond qu’il fait « tout ce qu’il peut pour l’aider », elle réalise que tant qu’il se considèrera comme son « aidant », elle restera bien gestionnaire, planificatrice et contrôleuse en chef ! Ce rôle lui convient-elle ? Ou préférera-t-elle renégocier avec Thomas leur pacte de vie à deux en partageant davantage la responsabilité du tout ? Et qu’est-ce que cette réflexion lui révèle de ses exigences et représentations à elle (un intérieur rangé, une alimentation saine, les vertus du « faire soi-même »…) ? Violaine et Thomas sont désormais face à des choix qui ne regardent qu’eux.

On n’efface pas si facilement des décennies de stéréotypes qui nous ont menés de l’image de l’épouse discrète et soumise à la ménagère parfaite puis à la femme performante et sexy en passant (même !) par Wonder-woman. L’idéal de la femme désirante et désirable en même temps que professionnelle accomplie, mère sublime, amie disponible et maîtresse de maison sans chichis et sans reproche, flotte toujours quelque part entre mythe et fantasme, chez l’homme comme chez la femme. Mais, parallèlement, les choses changent. Il est de plus en plus admis que personne n’est parfait. Pas plus que son prince, n’existe la princesse charmante. Chacun est libre de faire ce qu’il peut, en renonçant au reste. Il est donc possible de se proposer à soi, et aussi en couple, de faire de nouvelles expériences, de varier les rôles et de chercher ensemble où l’on se sent le plus vrai et le plus confortable.

Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°8 – Juin 2018

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S’émerveiller : un pari à la mode

 

Le mot évoque pour certains une naïveté béate ou une façon romantique de perdre son temps mais savons-nous que s’émerveiller est bon pour la santé et bon pour le moral !? Or, si les enfants sont les maîtres en la matière, pour nous, adultes, il faut nous mettre en quête de ce talent égaré dans l’empilement des années, si nous voulons en ré-explorer les bienfaits.

Avez-vous entendu parler de l’expérience menée avec la complicité du virtuose Joshua Bell dans le métro de Washington ? Le brillant violoniste, véritable star planétaire, s’est prêté à une expérience inédite à la demande du Washington Post, en janvier 2007, dans le hall d’une station de métro de la capitale américaine : il a accepté de jouer incognito pendant une quarantaine de minutes, à une heure de pointe, six pièces du répertoire classique. Ce, sur un Stradivarius Gibson fabriqué en 1713, d’une valeur de 3,5 millions de dollars. L’enjeu : observer combien de passants allaient prêter attention au faux musicien de rue et repérer son talent. Différents experts furent consultés pour établir des pronostics : Leonard Slatkin, directeur du National Symphony Orchestra, prédit par exemple qu’au moins 75 personnes allaient s’arrêter. Dans le pire des scénarios, Joshua Bell devait récolter au moins 150 Dollars dans son chapeau. Le jour dit, 1087 personnes sont passées devant le maestro. 7 seulement se sont arrêtées. Les dons se sont élevés à 32 Dollars – dont 20, laissés par la seule personne l’ayant reconnu. Les rédacteurs du Washington Post ont conclu : « Dans un environnement ordinaire, à une heure inappropriée, sommes-nous capables de percevoir la beauté, de nous arrêter pour l’apprécier, de reconnaître le talent dans un contexte inattendu ? ». Ils ont ajouté une remarque intéressante : tous les enfants qui sont passés devant Joshua Bell ce matin-là ont systématiquement marqué un arrêt (avant de se faire entraîner plus loin par leur parent pressé). Tous les enfants, sans exception, ont cherché à écouter la musique.

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Les enfants regardent des choses que nous ne voyons pas ; ils entendent et sentent des mélodies et des parfums qui ne captent pas notre attention ; ils s’arrêtent pour contempler ; ils aiment les expériences sensorielles et se laissent volontiers aller au délice de goûter un goût nouveau. Ils traversent le monde toutes antennes dehors à la recherche de sensations joyeuses. Les enfants ont une formidable capacité à s’émerveiller : leur regard extasié, leur rire facile, le temps qu’ils passent à faire mousser le savon du bain ou à observer des ronds dans l’eau témoignent de cette extraordinaire capacité. C’est un don de l’enfance que l’émerveillement !

Soigner son âme

Quant à nous, les grands, qu’est-ce qui nous fait nous arrêter ? Un paysage, une mélodie, un mets savoureux, le visage de quelqu’un qu’on aime, une bonne soirée entre amis, le silence d’un dimanche à la campagne, une bonne nouvelle, une découverte : les occasions ne manquent pas de nous laisser surprendre par un petit moment de contemplation émerveillée. « Comme c’est bon ! », « Comme c’est beau ! », souffle notre petite voix intérieure tandis que l’émotion s’empare de notre corps… L’émerveillement est aussi une disposition de l’adulte. A condition qu’on ne soit pas trop pressé, pas trop contraint, ni trop préoccupé ! Et qu’on reste ouvert à ce qui nous entoure ! Aux prises avec le conflit, le travail, la responsabilité, les urgences, les attentes des uns et des autres, nous passons donc le plus souvent devant le musicien sans le percevoir et volons vers notre réunion, aveugles et sourds aux beautés imprévisibles.

Le philosophe Bertrand Vergely, auteur de Retour à l’émerveillement (1), explique qu’à notre âge, ayant perdu l’insouciance et faisant face une réalité parfois difficile, il nous faut reconquérir notre capacité d’émerveillement. Pour y parvenir : « il faut avoir lutté contre soi. Il faut avoir surmonté la tristesse, la lassitude, la révolte, le désespoir et donc, les avoir rencontrés ». L’émerveillement, que Bertrand Vergely situe comme une « une faculté poétique qui se décide », implique un travail sur soi et une prise de conscience de « l’extraordinaire fait de vivre ». Pour lui, il y a de quoi s’émerveiller de « la beauté du monde, la richesse des êtres humains, la profondeur de l’existence », au-delà de nos souffrances, nos impératifs et nos déceptions. Et cela a des vertus : « Quand on prend le temps du regard et de l’admiration, on soigne son âme avant de libérer une véritable générosité », ajoute-t-il.

Laisser les choses s’éclairer

L’émerveillement ne résulte pas forcément de la nature grandiose de la chose ou du spectacle observés. On peut admirer et s’émouvoir de scènes déjà vues et de visions sans prétention artistique. Le sentiment qui nous saisit n’est pas lié à l’objet lui-même mais à notre capacité à le voir, à le ressentir vraiment, à saisir sa présence. C’est ainsi que la romancière Belinda Cannone, dans son essai S’émerveiller (2), définit « un état intérieur favorable qui nous permet de percevoir une dimension secrète et poétique du monde. Soudain on vit pleinement, ici et maintenant, dans le pur présent. Cette disposition intime est une conséquence du désir de vivre et de la faculté de joie ».

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Toutes les préconisations actuelles concernant le yoga, la cohérence cardiaque ou la méditation de pleine conscience, celles qui vantent les mérites des mouvements lents du chi gong ou des heures volées du early-morning, vont dans le même sens : être présent à soi, à ses sensations, ses émotions et son bien-être, dans l’ici et maintenant,  pour contrer l’urgence, le stress, les soucis, les angoisses… Car, en grandissant, nous avons échangé peu à peu notre capacité à regarder la poussière danser dans les rais de lumière contre la capacité de comprendre. Nous n’avons de cesse de savoir, de rationaliser et de maîtriser, pour mieux affronter les rudesses de notre existence. Finis, les mystères ! Envolées, les coccinelles !

S’émerveiller au contraire, c’est accepter de ne pas tout comprendre et laisser les choses s’éclairer plutôt que vouloir les expliquer. Pour revenir à la gourmandise et recouvrer ses cinq sens, il semble qu’il faille en faire le choix : délibéré, conscient et libre. C’est un combat volontaire contre la peur. « S’émerveiller, c’est décider d’arrêter d’être inquiet et jouir de ce qui vient avec gratitude », résume Bertrand Vergely. Je pense soudain à Jean d’Ormesson, surnommé « l’écrivain du bonheur », qui a montré dans ses derniers livres tellement de marques de son émerveillement : se réjouissant d’être en vie, célébrant le mystère de celle-ci, bénissant la nature, les arbres…

« Les grands émerveillés font des indignés magnifiques »

S’émerveiller se choisit et s’apprend cependant avec plus ou moins de facilité selon les personnes et leur histoire. Ce cheminement, ce travail sur soi, part d’une confiance en soi et d’un émerveillement de soi dont l’émotion toute particulière n’est pas donnée à tout le monde. Les épreuves peuvent venir à bout de nos capacités d’émerveillement.

Pourtant, elles peuvent aussi nous y ramener. Face à elles, on goûte au désespoir, à la douleur et au chagrin. Puis, chacun en son temps, on peut y retrouver le goût d’exister, le désir d’être là qui mène jusqu’à l’enthousiasme. « L’émerveillement adulte est une expérience au cœur du cœur de l’humanité, conclut Bertrand Vergely. C’est le plein derrière le vide. Les grands émerveillés sont des vivants formidables et font des indignés magnifiques, pourfendeurs de l’injustice ». Loin de l’ingénuité, l’émerveillement adulte s’enrichit de l’expérience et devient une ressource décisive de l’être.

1 . Retour à l’émerveillement de Bertrand Vergely – essai – Albin Michel, 2010.       2 . S’émerveiller de Belinda Cannone – essai – Stock, 2017
Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°7 – Mars 2018

 

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NOEL EN FAMILLE : BÛCHES ET EMBÛCHES

 

On le prépare, on s’en réjouit et on l’appréhende à la fois : Noël s’annonce et les tensions se réveillent. Chaque année, les familles mettent tout en œuvre pour se rassembler autour du sapin, c’est la tradition ! Néanmoins, les marrons ont parfois un goût amer et la bûche nous reste en travers de la gorge lorsque se rejoue la lutte des places ! Plongée au cœur de la fête.

Bénédicte se demande si elle ne va pas s’offrir une randonnée dans le désert plutôt que de passer un nouveau Noël en famille. Elle n’est jamais idéalement détendue au milieu des siens et ça se voit. « Fais la fête, pas la tête ! » lui a dit sa sœur l’an dernier. Est-ce que ça remonte à l’enfance où elle se sentait déjà vilain petit canard ? Quoi qu’il en soit, pour cette femme de 42 ans, professionnelle accomplie, mariée et mère de trois enfants, le retour au berceau familial est source de malaise. Comme si elle avait trente ans de moins, il semble que rien n’ait changé au pays de la famille originelle. Les mêmes jalousies, l’ironie, les petites phrases… Quand elle pose le pied dans la maison de famille, Bénédicte rechausse ses pantoufles d’enfant et profite peu des rires, des échanges, des embrassades ou des cadeaux. « Je laisse tout ce que j’ai construit au vestiaire ; j’ai l’impression qu’on ne me voit pas telle que je suis devenue. C’est frustrant et ça me rend très triste ».

Parfois le mythe de Noël – paix, joie, partage, retrouvailles harmonieuses – se laisse égratigner. Même si on est heureux de se rassembler, des frictions peuvent s’inviter à la table des fêtes. Or, plus l’attente est forte – d’une fête chaleureuse et réussie -, plus la déception est grande. D’autant qu’on arrive tous avec nos fatigues, nos grands et petits soucis, notre humeur du moment. Une phrase blessante peut faire choc. Dans une interview accordée au magazine L’Express il y a un an, le psychiatre Christophe André affirmait : « Un réveillon raté peut pousser quelqu’un à aller voir un psy »[1].

Noël cristallise les tensions

Comme Bénédicte, Camille craint terriblement le moment de Noël où elle revit chaque année, avec le même chagrin et la même culpabilité, la complicité absolue entre ses sœurs et sa mère, de laquelle elle se sent exclue. Patricia ne supporte pas son beau-frère qu’elle trouve arrogant et qui ne lui adresse jamais la parole. Paul est inquiet de ce premier Noël chez ses parents avec sa nouvelle femme et ses enfants. Laurence a peu de moyens et fait des cadeaux à sa mesure, ce que son frère ne manque jamais de lui faire remarquer. Olivier et Séverine appréhendent des mets trop riches, des repas interminables, une orgie de cadeaux, eux qui aiment faire attention… Les réunions de famille révèlent nos désaccords, nos différences et nos difficultés à vivre ensemble. Noël en particulier cristallise les tensions. C’est LE rassemblement familial par excellence ! Et l’on y accourt en espérant tellement de nos proches, témoins de notre existence : être regardé et aimé, compris et reconnu, être choyé, chéri, comblé… Ce qui ne se produit jamais parfaitement. Ainsi nous sommes forcément déçus. Déçus et prêts à en découdre. Quand la marmite de nos émotions se met à bouillir, notre sang ne fait qu’un tour. Pourtant, « On ne règle pas ses comptes en jetant une bombe au milieu d’une fête », tempère la psychothérapeute Nicole Prieur[2].

Derrière nos émotions, nos sentiments sont complexes et confus. Savons-nous vraiment identifier ce que nous ressentons ? C’est tout notre être qui réagit, avec sa sensibilité, ses blessures, ses besoins et ses limites. Le passé s’enchevêtre au présent. La moindre phrase peut réactiver les vieux comptes non réglés. Un antique sentiment d’injustice peut remonter à la surface, vif comme s’il venait de naître ; ou une très ancienne rivalité entre frères et sœurs, la peur de décevoir, la certitude de n’être pas à la hauteur, une colère sourde… En outre, la représentation que nous avons et qui fait « norme », c’est qu’à Noël on s’aime et on se fait des cadeaux. Si cela ne se produit pas entièrement, cela nous donne un inconfortable sentiment d’échec. Il est aussi question de notre place dans le clan, une place inscrite autrefois, qui nous colle à la peau comme une étiquette : la petite dernière, l’aîné, l’écervelé, le généreux, l’intello, le brillant, celle qui rend toujours service, celui sur lequel on ne peut pas compter… On peut ressentir un profond malentendu quand les regards se portent sur nous sans voir ce que nous sommes vraiment devenus. Identifier tous ces sentiments est une clé pour nous affirmer, avec toutes nos facettes, face à des proches qui pensent nous connaître comme personne (et se trompent forcément un peu).

Partir, revenir…

Et pourquoi ne pas prendre la tangente ? Pas facile de renoncer à ce grand rassemblement ni de se désolidariser de cette promesse tacite ! Des sentiments de loyauté très forts nous unissent à nos proches. Des sentiments et des liens : « les liens du sang ont ceci de particulier qu’ils sont à la fois merveilleux et dramatiques car éternels » précise Christophe André[1]. Ces liens sont à interroger : est-ce qu’ils nous relient ou nous enchaînent, nous sécurisent ou nous empoisonnent, nous consolident ou nous culpabilisent ? Bertrand a eu toutes les peines du monde à faire entendre son choix de passer Noël hors de sa famille, vécu comme une désertion : « tu ne peux pas nous faire ça ! », lui a-t-on reproché. N’aurait-on pas pu lui répondre : « Tu vas nous manquer » ? On aimerait quelquefois s’émanciper du grand raout traditionnel et tester sa liberté de penser. Et si c’était une façon de mettre en acte le fait qu’on a grandi, qu’on a fait du chemin et pris nos distances ? Une petite rébellion pour se sentir exister (et se montrer tel quel) ?

Pour certains qui souffrent profondément et auxquels les liens familiaux font plus de mal que de bien, il en va de leur survie mentale et ceux-là choisissent pour un temps (ou pour toujours) d’aimer de loin. « Une option qui leur permet de continuer à appartenir à la cellule familiale, tout en gardant d’elle une image pas trop contrariante » justifie Christophe André. « Il importe de mettre à distance la pression des uns et des autres et de se poser la question de savoir dans quelle situation on va se sentir le mieux. Il faut assumer d’être déloyal », explique pour sa part Nicole Prieur.

 Un peu d’amour, c’est bon à prendre

La plupart d’entre nous espère toujours faire mieux à Noël suivant. Et puis il n’y a pas que des choses qui dysfonctionnent dans cette famille ! Il y a aussi les fous-rires, les complicités, les souvenirs communs dont l’évocation est tendre, la sécurité ou la fierté d’appartenir à ce groupe, les petits liens d’intimité qui se révèlent, les phrases bienveillantes, les encouragements, les mots d’amour… Un peu d’amour, ça compte ! Et c’est toujours bon à prendre.

Les fêtes et réunions de famille sont aussi l’occasion de renforcer ou de construire des liens. Pour que les cousins apprennent à se connaître, que les plus jeunes côtoient les plus anciens, que les fratries éparpillées se recomposent, que chacun recontacte ses racines. La famille nous ancre dans une histoire. Elle inscrit une permanence dans nos existences fragiles ou encore un ciment, une identité, des rituels, un ensemble de valeurs partagées, une transmission. Même si nous avons une marge pour évoluer et affirmer nos différences. La fête familiale, rituel idéalisant, peut être blessante par certains aspects ou bien nous aider à panser les blessures de notre histoire.

[1] Interview de Louise Prothery pour LEXPRESS.FR publiée le 23/12/2016 [2] Auteure de Petits Règlements de comptes en famille, éd. Albin Michel, 252 p., 16 €.
Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau – Décembre 2017

 


Mise en page 1Une BD pour dédramatiser. « Un soir de Noël, des cadeaux, une dinde et surtout toute la famille réunie (…) Un vrai repas de famille : en entrée, des piques et des reproches ; des vacheries en plat de résistance ; mais pour finir, en guise de dessert, de l’amour, surtout ! ». C’est en ces termes que la dessinatrice Olivia Hagimont présente sa bande dessinée parue il y a  pile un an. Une BD qui porte un regard plein d’humour sur les réunions de famille. Tout le monde en prend pour son grade. Le très charismatique psychiatre Christophe André commente l’ouvrage avec bienveillance : « Le livre talentueux d’Olivia Hagimont, plein de lucidité et d’affection pour le genre humain, respire et attire comme une pièce de théâtre ».

LE DINER DE FAMILLE, Olivia Hagimont, Ed. Odile Jacob 2016 – 15.90€

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Des grands-parents dans l’air du temps

Je vous partage ce petit article que j’ai publié dans le numéro de rentrée du magazine Com’sur un Plateau avec lequel j’espère d’autres collaborations à venir : un petit gratuit de qualité qui fourmille de bonnes nouvelles et de contenus instructifs, très joliment illustré, que les Rouennais trouveront facilement en dépôt ça et là, plutôt en montant les collines vers le Nord… Mais ce numéro 5 et ceux qui le précèdent sont aussi accessibles en lecture virtuelle ici-même ! Bonne découverte !

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On n’est pas des parents formidables mais…

Un petit coup de cœur pour un documentaire des producteurs/réalisateurs « Chasseurs d’étoiles » (un joli programme en soi !) rediffusé récemment à la télévision. « On n’est pas des parents formidables (mais on peut essayer!) » nous fait entrer dans le secret du déroulement d’une thérapie de groupe et l’on suit pendant 6 mois le parcours de quatre parents  désarçonnés et sympathiques à souhait. Submergés par les comportements -résistants ou désinvoltes- de leurs enfants, ils cherchent des solutions. Alternées avec des scènes de leur vie familiale,  les séances de thérapie défilent, souvent émouvantes, où chacun dénoue peu à peu son histoire d’enfant pour mieux rejoindre le parent qu’il est devenu. Ou comment l’écho de l’enfance résonne dans le cœur des parents !

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Philippe a 5 enfants, travaille « dur » et se fait un sang d’encre pour Antoine, 20 ans, qui, lui, « n’en fiche pas une ». Sophie, ancienne championne de ski, cherche le chemin pour communiquer avec son adolescente de fille. Stéphane essaie d’être beau-père. Frédéric a été déchu de son droit de garde alternée et voudrait reconquérir sa place de père auprès de ses deux enfants.

Devant la caméra, ils livrent leurs peines et leurs incompréhensions, leurs agacements et leurs découragements. Entre culpabilité et exigence, ils naviguent à vue. Mais, peu à peu, aidés par la dynamique du groupe et les propositions (originales) du thérapeute, ils changent leur regard, révisent leur position, se mettent en mouvement…Et, comme une évidence, tout, dans leur relation avec leurs enfants, se met à bouger aussi.

Ce thérapeute, c’est le psychiatre Etienne Jalenques. Sa stratégie de thérapie brève s’appelle Dynamique émotionnelle et emprunte à plusieurs sources. Il l’a élaborée dans les années 60-70. Elle surprend en ce qu’elle utilise la respiration, le cri, les larmes, le toucher, le rire, ou encore la mantrathérapie (faire répéter par le patient une phrase de son discours, farcie d’affects coincés ou refoulés).  Mais « taper sur des coussins » mis à part, au fil de ce documentaire, on voit comment Etienne Jalenques pointe, reprend, donne du sens, et facilite le cheminement de chacun.

Le regard est sérieux, parfois grave, mais l’on rit aussi, plusieurs fois, devant ces parents empêtrés (les situations ne sont pas dramatiques). On devient fan et on est heureux quand ils s’en sortent (grandis).

« On n’est pas des parents formidables (mais on peut essayer!) »

France 2 infrarouge  90 min

Réalisation : Marie Agostini
Image : Wilfrid Bof et Pierre Maillis Laval
Son : Sylvain Girardeau et Franck Weber
Montage : Maxime Bonnet

Avec le soutien du CNC

Diffusion  2013

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Ecouter son corps ?

 

De plus en plus, l’idée fait son chemin que les maux du corps ont un sens. Le corps délivrerait des messages qu’il faudrait savoir entendre… Il dirait à sa façon ce qu’on ne dit pas. Notre chair, nos muscles, nos organes et nos os hurleraient les cris que l’on tait. Donner du sens à ce que l’on souffre permettrait de rétablir un équilibre entre corps et esprit.

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«Prends soin de ton corps pour que ton âme ait envie de l’habiter », dit un proverbe chinois. C’est dans la médecine chinoise, vieille de plus de 3500 ans, que plusieurs thérapeutes d’aujourd’hui puisent leur théorie psycho-corporelle, mettant en lien le bien être du corps et celui de l’esprit. Pour la médecine orientale, la maladie témoigne d’un obstacle à la réalisation du Chemin de Vie. La conscience exprimerait ainsi, par des troubles énergétiques générateurs de maladie, les entraves à son plein épanouissement. Il resterait donc à  décoder les désordres et déséquilibres intérieurs qui sous-tendent la maladie afin de retrouver un bon état de santé.

Un corps qui fait mal exprime-t-il le stress, les émotions, les soucis, les phases de la vie ? Qu’est-ce que nous dit un mal d’épaule, un lumbago, une n-ième entorse de la cheville ? Des sophrologues, des réflexologues, des adeptes de la psycho-énergétique, des somato-psychopédagogues ont centré leurs soins sur la relaxation, la perception des mouvements intérieurs, les massages, la stimulation de points corporels et bien d’autres techniques encore qui accueillent et prennent en compte les ressentis physiques et leur localisation dans le but d’accéder aux sources émotionnelles du mal être.

S’il existe une corrélation entre les maux du corps et ceux de l’esprit, la guérison reposerait sur une compréhension plus globale de l’être et de ses mécanismes psychosomatiques : comme un va et vient entre le corps et l’âme qui permettrait de s’adresser à l’un pour aider l’autre et de les réconcilier.

Ecouter son corps qui parle…

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C’est dire si la réflexion est en vogue. Le numéro d’Avril de Psychologies Magazine lui consacre un dossier : « ECOUTER SON CORPS – Bien décoder ses messages ». Une lecture qui invite à ouvrir son regard sur des pratiques peu connues et permet peut-être de se forger sa propre opinion ou de faire le tri entre ce qui nous parle ou non.

Quoi qu’il en soit, c’est indéniable, même si la mode est récente, d’une façon générale, s’écouter est une bonne chose ! (Si l’on veut bien entendre ce qu’on a à se dire et prendre soin de la relation qu’on entretient avec soi-même…). Pourquoi le corps n’aurait-il pas lui-même son maux à dire ?

Néanmoins, il m’a plu de lire, dans ce dossier, cette explication d’une thérapeute : « On ne peut pas recevoir ce qui émane du corps de l’autre si l’on y projette ses propres interprétations. Pendant l’entretien qui suit la séance, je décris ce que j’ai ressenti et la personne construit ses propres significations à partir des informations que je lui donne et de ce qu’elle-même a ressenti ». Ne jamais perdre de vue qu’on est seul à savoir de quoi l’on souffre et ce que l‘on ressent vraiment ! En d’autres termes, j’oserais vous recommander de ne laisser personne vous conter votre propre histoire…

Dis-moi où tu as mal …

Mais du coup, surfant sur la vague de l’énergétique et de la sagesse asiatique, j’aurais bien la curiosité d’aller entendre ce qu’en dit Michel Odoul mardi prochain (26 avril) à La Halle aux Toiles à Rouen (à 20 h) car il donne justement une conférence sur le thème : « DIS MOI OU TU AS MAL ». Et je vous passe volontiers l’information.

Michel Odoul, c’est le fondateur de l’Institut Français du Shiatsu. Praticien reconnu dans cette discipline, il est aussi l’auteur d’un best-seller « Dis-moi où tu as mal et je te dirai pourquoi » (Albin-Michel, 2002) – décliné en « Dis-moi où tu as mal – Le lexique » ou encore en «Dis-moi quand tu as mal et je te dirai pourquoi ».

Ça vous démange ou ça vous donne des boutons ?

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Conférence exceptionnelle de Michel Odoul : « Dis moi où tu as mal » à 20h le mardi 26 avril 2016. Réservation conseillée. Halle aux Toiles, Rouen

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