LE PÈRE NOËL EXISTE : INFO OU INTOX ?

Le Père Noël vit au pôle Nord avec des lutins, traverse le ciel sur un traîneau tiré par des rennes, a des cadeaux pour tous les enfants du monde… Cela parait difficile à croire ? Pourtant, près de 80 % des enfants de 2 à 9 ans guettent sa venue le 24 décembre[1]. Fake news ou jolie tradition ? Doit-on laisser les enfants rêver ou leur doit-on la vérité ?

Le père Noël ? Ah ! La belle histoire ! Les enfants en redemandent : vous n’avez pas de cheminée ? Qu’à cela ne tienne ! Il passera par la fenêtre ou prendra l’ascenseur ! Les cloches de Pâques larguent bien des œufs en chocolat, les petites souris collectent les dents de lait, le monde est peuplé de monstres et d’amis invisibles… Il semble établi que jusqu’à 4 ou 5 ans, l’enfant mêle volontiers réel et imaginaire. Son goût pour l’extraordinaire est grand, il est friand de contes merveilleux. Croire au père Noël lui est d’autant plus facile qu’il en a la preuve : il lui a écrit une lettre, le Père Noël a bu le verre de lait, ses rennes ont croqué la carotte ; il l’a même aperçu au centre commercial.

Un joli conte pour grandir

Le vieillard couleur Coca-Cola qui remplit nos petits souliers ne tombe pas de la dernière pluie. Mythes romains, celtes, nordiques, chrétiens l’ont façonné à travers les âges, lui faisant prendre des rides de vieux sage et une épaisse réputation de bonté et d’indulgence. Les petites étoiles qu’il fait jaillir à chaque glissade dans la nuit de Noël, les délicats grelots qui retentissent à son approche, sa hotte débordant de jouets fabriqués au royaume des neiges, ses rennes volants… tout chez lui est teinté de magie. Et moins c’est possible, plus on a envie d’y croire, tellement c’est adorable !

Magie ou féérie : les parents partagent volontiers ce plaisir avec leurs petits. C’est dans un émerveillement à l’unisson que la plupart d’entre eux vit l’attente du soir de Noël. Dans cette majorité de familles qui considère que la croyance au Père Noël est bénéfique, on met en avant la connivence qui unit les parents et les enfants à cette occasion, ainsi que la transmission de valeurs du registre de la bonté et de l’altruisme. « L’esprit de Noël », en somme. Croire au Père Noël s’inscrit aussi dans une tradition : de génération en génération, au prétexte du bonheur des plus jeunes, les grands convoquent des souvenirs tendres. En offrant du Merveilleux à leur famille, ces derniers échappent avec elle, le temps d’une nuit, à la réalité et à la peur, tout en prônant réjouissance, générosité, amour… Comme ça fait du bien !

Enfin, de l’avis de beaucoup, le Père Noël fait partie de ces rites qui aident les enfants à grandir. « C’est un tremplin (…), une étape vers le monde des adultes », selon Angélique Kosinksi, psychologue pour enfants ; « L’enfant a besoin de rêver à quelque chose de magique. C’est bon pour lui de croire qu’un monde protecteur peut exister », selon le Dr Hélène Romano, spécialiste du psycho-traumatisme[2]. Au sortir de l’enfance, le raisonnement logique prendra naturellement le dessus sur la pensée imaginaire et, alors qu’il fera de plus en plus l’expérience de la réalité (à l’école, auprès de ses camarades), l’enfant sera prêt à délaisser fées, dragons et autres reines des Neiges, pour entrer dans le monde des initiés : les grands, ceux qui ne croient plus au Père Noël.

Un « exercice moralement ambigu »

Pourtant, de plus en plus de familles prônent la transparence absolue. « Est-ce le rôle des parents de nourrir l’imaginaire de l’enfant en lui faisant croire à n’importe quoi ? », interroge par exemple Amélie Blot sur son blog « Famille Epanouie »[3], « C’est nous qui nous divertissons de la crédulité de l’enfant ».

Ne pas mentir est le premier argument de ces parents, réticents à véhiculer de « l’intox ». Ils sont encouragés en cela par une étude publiée en 2016 par des psychologues anglo-saxons[4] qui énonce notamment : « Mentir à nos enfants au sujet du Père Noël pourrait sérieusement entamer la confiance qu’ils nous accordent naturellement. Encore plus si ce mensonge est motivé par notre désir de revivre notre propre enfance (…), transformant ce mignon petit mensonge en exercice moralement ambigu ». Pour eux, ce mensonge induit par ailleurs l’idée que la magie est nécessaire, tellement le monde est mauvais… Enfin, quel risque lorsque le rêve se brise ? Exposer nos enfants à une « trop cruelle désillusion » ? Aux moqueries des copains de classe ? Le mensonge semble d’ailleurs d’autant plus honteux pour les parents qui gardent eux-mêmes un souvenir douloureux de l’abominable révélation.

Un autre argument des opposants est la manipulation du Père Noël comme objet de chantage : « si tu n’es pas sage, le Père Noël ne viendra pas ! » ; ou de menace : « Attention, le Père Noël te voit quand tu n’es pas sage ! » (Brrr…). Les mêmes parents évoquent plus généralement la peur que peut susciter cet énorme et vieux monsieur barbu et bigleux dans les bras duquel papa-maman veulent absolument me placer pour une photo ! Ou ce mystérieux inconnu qui entre dans ma maison la nuit…

Pour ces parents, rien n’empêche de raconter l’histoire du Père Noël et autres contes appropriés, dans l’attente de la grande fête de l’hiver, sans essayer d’y croire. La préparation de Noël et ses rituels, les moments en famille, les cadeaux (offerts par les proches, qu’on soit bien clair !) sont pour eux suffisamment excitants : à quoi bon en rajouter ?

Un choix pour chaque parent

Belle coutume ou canular risqué : les spécialistes de l’enfant ne tranchent pas la question. Chacun trouvera, en la cherchant, la parole qui lui convient. Le débat ne se situe pas tant, on l’a vu, sur le fait de savoir si le mythe du Père Noël nourrit sans risque l’imaginaire de l’enfant et favorise son développement. Il s’agit plutôt de choisir ce que l’on fait du mythe : un conte de fées ou une farce atroce. Selon Hélène Romano, si les parents acceptent la nature même de ce « mensonge prosocial », s’ils sont en accord avec ce qu’ils en disent, pourquoi y mettre fin ? A l’inverse, s’ils voient le Père Noël comme un mensonge terrifiant, c’en sera un.

L’autre partie du débat porte sur l’âge de la révélation : y a-t-il un bon moment pour sortir les enfants de la torpeur ? La psychiatre Dominique Tourres-Gobert[5] éclaire ce point : « Les enfants suivent les questions que se posent les autres enfants. A un moment donné certaines croyances ne sont plus crédibles. Certains enfants sont très logiques à 5 ans, ils s’interrogent (…). D’autres aiment ces croyances et souhaitent y croire plus longtemps. Il faut [les] suivre ». Quelque part entre 5 et 8 ans donc…, l’enfant lui-même, en questionnant le mythe et sa famille, rompt l’enchantement. Lorsqu’il commence à douter, on peut l’aider à faire la part des choses : si le Père Noël appartient aux contes, la générosité et l’amour qu’il incarne, eux, existent bien !

Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°14 – Décembre 2019

[1] Sondage 2017 de la Fédération des commerces de jouets et produits de l’enfant
[2] In « Croire au Père Noël, oui, mais jusqu’à quel âge? », Marine Le Breton –Huffington Post, oct 2016
[3] www.famille-epanouie.fr – blog sur l’éducation et la vie de famille, prônant la pédagogie positive
[4] « A wonderful lie », Christopher Boyle, Kathy McKay – publié dans The Lancet Psychiatry, déc. 2016.
[5] auteure de « Il était une fois le bon dieu, le Père Noël et les fées » (Albin Michel, 1992)

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