Epuisées ? Un été pour récupérer

Envisager, organiser, prévoir et surtout ne pas oublier de… Bon nombre de femmes témoignent de leur épuisement à penser à tout, tout le temps. Un épuisement qui peut conduire à une forme de burn-out que les chercheurs ont nommé : la (sur)charge mentale. Mais pourquoi cette charge pèserait-elle plus lourd sur les femmes ? N’avons-nous donc pas évolué ?

 Le frigo est couvert de post-it ; partout on tombe sur des listes, raturées, gribouillées ; la facture du garagiste a atterri dans le cartable de Camille ; le panier de linge déborde ; impossible de remettre la main sur le carnet de santé… ? Mais qui va y voir les signes extérieurs d’un bouillonnement intérieur qui mousse dans toutes les directions ? Personne ne semble craindre l’éruption imminente.

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Les femmes sont le plus souvent pleines de courage, de talents et d’énergie mais parfois elles s’épuisent. Et quand elles commencent à s’en plaindre, on leur conseille généralement d’en « faire un peu moins » (car peut-être en font-elles « un peu trop »… ?) ou alors de demander de l’aide (« ma chérie, c’est important de savoir demander ») ou encore on leur recommande de « lâcher prise » (c’est vrai que « c’est agaçant, à la fin, ces personnes qui veulent absolument tout contrôler ! » …). En général elles se défendent comme elles peuvent mais n’en mènent pas large à l’intérieur car elles-mêmes doutent : ne seraient-elles pas en train de se « noyer dans un verre d’eau » ? Alors, pour passer les insomnies, elles font et refont les comptes de leurs journées sans fin : comment gagner du temps ? Comment s’organiser mieux ? Et comment faire rentrer la réunion parents-profs, le gala de danse, le vaccin, la cueillette de légumes et le séminaire « anti-stress » dans cet emploi du temps de ministre ? Il faut bien que tout se fasse… Telles des divinités indiennes, elles démultiplient leurs bras pour accomplir leurs tâches multiples et variées. Jusqu’à ce qu’elles n’en puissent plus, parfois, d’essayer d’être à tout prix parfaites et qu’elles viennent en consultation, le cerveau submergé, le cœur à l’envers, le moral à zéro, le corps fatigué et trainant en vrac une piètre image d’elles-mêmes.

Alerte ! Surcharge mentale !

Or, si l’on tend l’oreille, ce n’est pas tant de « tout faire » qu’elles se plaignent que d’avoir à « penser à tout ». Qu’elles aient ou non une vie professionnelle, elles évoquent leur part de travail invisible : le fait qu’elles portent la responsabilité du foyer. Comme des capitaines de navire (sans les galons) ou des chefs de projet (sans la rémunération), elles se sentent chargées de la bonne marche de la maisonnée, voire de l’entreprise familiale s’il y a des enfants. Ce qui implique non seulement des tâches variées dans des registres innombrables : domestique, administratif, financier, logistique, stocks et approvisionnement, gestion de crise, relations publiques, événementiel, tourisme et loisirs, éducation et soins… mais aussi le fait qu’il faut anticiper, organiser ou planifier pour produire si possible en flux tendu, sans oublier ni rien ni personne et surtout pas les anniversaires ! La tension, la vigilance, l’énergie que mobilise ce travail sont tout aussi invisibles et difficiles à reconnaître. Le risque, c’est le surmenage : que les contraintes s’embouteillent, se bousculent et s’agglomèrent puis prennent toute la place ; que le stress envahisse l’esprit ; que l’esprit étouffe ou s’embrase.

Une chercheuse de l’Université Laval de Québec a mis des mots sur ce phénomène de burn-out au foyer : pour Nicole Brais, la « charge mentale » se définit comme un « travail de gestion, d’organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence ». La surcharge mentale n’est pas à prendre à la légère – ne sous-estimez pas une femme qui se dit fatiguée ! Tendez plutôt l’oreille ! Elle génère en premier lieu un surcroît de stress et un trop-plein émotionnel. Et elle peut conduire à une détresse psychologique, à des signes d’anxiété et de dépression, une fatigue mentale, de la lassitude ou du découragement, comme à des désordres physiques : épuisement, manifestations de la peau, migraines, maux de ventre… La période de la maternité et du post-partum peut rendre les femmes plus vulnérables à la surcharge ; également celle de la ménopause où l’anxiété liée à la charge mentale peut avoir des effets sur l’augmentation des symptômes déjà pénibles de cet âge que sont les bouffées de chaleur, les suées nocturnes, les troubles du sommeil…

Ce qui reste de l’inégalité hommes-femmes

Aujourd’hui, les partenaires du couple négocient la répartition des tâches et l’on jurerait que le partage est plus équitable entre les femmes et les hommes. Et puis – allons-donc ! – cela fait bien longtemps que les papas ne renâclent plus devant un bébé à changer… Sauf que d’après les sondages réguliers de l’INSEE, les femmes continuent d’assumer la majorité des tâches ménagères, qu’elles travaillent ou non hors de la maison : près des deux-tiers (71%), et la majorité aussi des tâches parentales (65%). Une inégalité qui a très peu diminué depuis une trentaine d’années (En 1985, ces taux s’élevaient respectivement à 80% et 69%) et qui peut déséquilibrer un couple.

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extrait de la BD d’Emma : « Fallait demander« 

Emilie et Julien s’inquiètent de leur relation qui a tant changé, comme si le quotidien avait tout emporté, ne laissant plus de place à ces précieux moments à deux qui ont dégringolé sans qu’ils s’en aperçoivent dans l’échelle des priorités. Emilie se dit harassée ; il lui semble que les événements lui échappent, qu’elle perd pied, qu’elle n’y arrivera pas… et, comme une coupable, elle avoue la perte de son désir : « Le soir, je suis à bout, je n’ai qu’une envie, c’est de dormir. Je n’en peux plus, je ne m’en sors pas. Il y a trop de choses…», tente-t-elle d’expliquer à son mari. Mais Julien se sent agressé : « Qu’est-ce que tu me reproches ? Si tu as besoin d’aide, tu n’as qu’à me le demander ! ». Emilie se sent incomprise. Mais comprend-t-elle seulement, elle-même, ce qui lui arrive ? Est-elle vaincue par une réalité excessive (le nombre des choses à faire) ou alertée par une limite intérieure (c’est trop pour moi) ? Elle et Julien en viendront-ils à reconnaître et valoriser l’implication de chacun dans le fonctionnement de leur foyer et à s’en féliciter ? Ou chercheront-ils à répartir leurs tâches différemment ?

Mais autre chose est à pointer : la perception par chacun de ce qu’il a à faire. Ainsi, Violaine essaye de dire à Thomas dont elle partage la vie depuis 10 ans qu’il a beau prendre largement sa part des tâches ménagères, elle est « lasse de penser à tout ». Mais quand Thomas lui répond qu’il fait « tout ce qu’il peut pour l’aider », elle réalise que tant qu’il se considèrera comme son « aidant », elle restera bien gestionnaire, planificatrice et contrôleuse en chef ! Ce rôle lui convient-elle ? Ou préférera-t-elle renégocier avec Thomas leur pacte de vie à deux en partageant davantage la responsabilité du tout ? Et qu’est-ce que cette réflexion lui révèle de ses exigences et représentations à elle (un intérieur rangé, une alimentation saine, les vertus du « faire soi-même »…) ? Violaine et Thomas sont désormais face à des choix qui ne regardent qu’eux.

On n’efface pas si facilement des décennies de stéréotypes qui nous ont menés de l’image de l’épouse discrète et soumise à la ménagère parfaite puis à la femme performante et sexy en passant (même !) par Wonder-woman. L’idéal de la femme désirante et désirable en même temps que professionnelle accomplie, mère sublime, amie disponible et maîtresse de maison sans chichis et sans reproche, flotte toujours quelque part entre mythe et fantasme, chez l’homme comme chez la femme. Mais, parallèlement, les choses changent. Il est de plus en plus admis que personne n’est parfait. Pas plus que son prince, n’existe la princesse charmante. Chacun est libre de faire ce qu’il peut, en renonçant au reste. Il est donc possible de se proposer à soi, et aussi en couple, de faire de nouvelles expériences, de varier les rôles et de chercher ensemble où l’on se sent le plus vrai et le plus confortable.

Anne de la Brunière – article publié dans le magazine Com’ sur un plateau n°8 – Juin 2018

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Un commentaire pour Epuisées ? Un été pour récupérer

  1. Kira dit :

    Merci pour ce dossier tres interessant et bien ecrit.

    J'aime

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